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Suivre ou fuir le vent ?

Leon Hoogendijk

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Le vent et les températures sont deux facteurs majeurs qui influent le déplacement et l’activité des carpes. Ce qui est trop souvent oublié est que ces deux facteurs doivent être pris en compte ensemble pour pouvoir en tirer des conclusions susceptibles de nous mettre sur la bonne voie quand il s’agit de localiser les poissons et de choisir le bon poste du moment.

Durant une bonne partie de l’année les carpistes ont tendance à choisir presque systématiquement les postes situés face au vent, les berges battus par le vent. Après-tout c’est logique, non ? Le vent nous emmène les carpes, les carpes suivent le vent.

Sur un poste face au vent l’eau de surface, normalement plus chaude et toujours mieux oxygénée, s’accumule sur toute la colonne d’eau et par conséquent les carpes y trouvent une zone de confort. C’est une chose qu’on peut souvent vérifier sur un très grand nombre de plans d’eau, certes, mais il y a des exceptions sur la règle.

Notamment en hiver on constate souvent que les carpes cherchent à se mettre à l’abri d’un vent froid qui refroidit l’eau. Les zones situées derrière le vent deviennent alors plus confortables car la température y est plus stable. Mais même en été ou en automne une chute brutale de température peut inverser la donne.

Suivre ou fuir le vent ?
Début de session, je suis encore en T-shirt, mais pas pour longtemps !

Jeudi 20 septembre 2018. Christophe (le boulanger) et moi nous demandons quoi faire. Nous avons programmé une semaine de pêche ensemble mais nous hésitons entre plusieurs lacs. Notre hésitation vient du fait que les conditions et prévisions météo sont assez particulières. Ce jeudi il fait encore 30° Celsius.

On se croit en début août, le temps est estival. En fait il fait chaud depuis le mois d’avril, il fait chaud tout le temps, la haute pression domine. Le mois de septembre n’est pas ce qu’il est habituellement, aucune dépression n’est en vue…

La météo pour les jours à venir va être radicale. L’eau doit être à environ 22° mais à partir de dimanche le vent va tourner au nord avec des rafales jusqu’à 95 km/h dans la soirée, avec une température qui va chuter à 12° l’après-midi. Ensuite on aura quelques jours avec des températures de 12-14° le jour et on aura entre 2 et 5° la nuit, avec un vent du nord à 45 km/h jour et nuit (!), ce qui va provoquer un choc thermique de grande ampleur !

Mais ce n’est pas tout. En bonus on aura la pleine lune et un baromètre qui va monter à 1035 millibars ! La température de l’eau va prendre une sacrée claque. Même si pour les derniers jours de notre session les températures devraient de nouveau bien remonter avec un vent faible qui retourne au sud, nous ne pouvons pas nous imaginer de pires conditions pour une session fin septembre. Mais nous avons trop envie d’être au bord de l’eau. La question est : où pêcher dans ces conditions ? Quel est le bon choix, s’il y en existe un ?

Notre plan initial était de pêcher un nouveau lac que nous avons découvert au printemps et qu’on a vraiment très envie de pêcher. Seulement voilà, avec les prévisions météo pour la semaine à venir la configuration de ce réservoir posait un vrai problème. Ce lac est très peu profond. Sur une très grande partie de sa surface on trouve des profondeurs entre 1 et 2m.

Suivre ou fuir le vent ?
Quand je cherche à construire ma pêche avec mon amorçage je préfère utiliser un mélange de deux types de bouillettes distinctes : l’une très attractive et très énergétique, l’autre une pure « foodbait » très équilibrée en nutriments et notamment en protéines. Cela permet de cibler dès le départ un plus grand nombre de carpes, de renforcer l’activité générale et d’intéresser les carpes plus longtemps.

Les seules profondeurs plus importantes (3 à 4m) se trouvent vers la digue (le mur du barrage) qui est située sur la partie sud du lac, donc exposée aux vents du nord. Non seulement les températures de l’eau allaient radicalement baisser sur une grande partie du lac à cause des faibles profondeurs, mais même vers la digue il était sûr que les températures allaient baisser considérablement. Il n’y avait pas réellement de zones où les carpes pouvaient se mettre à l’abri. Où qu’elles étaient, elles allaient subir un terrible choc thermique. Pêcher ce lac dans ces conditions aurait été une erreur, il n’y avait rien à construire nulle part…

Par chance, parmi tous les lacs de notre région, nous en avons un dont la configuration nous paraissait intéressante pour les conditions annoncées. La situation y est en quelque sort contraire à celle sur l’autre lac dont je viens de vous parler. Ici toute la (grande) partie peu profonde (1 à 3m) se situe sur la partie sud, donc pleinement exposée aux vents du nord. La digue avec la partie la plus profonde du lac (5 à 6m) se situe sur la partie nord, donc à l’abri du vent du nord et bien exposé au sud, donc au soleil).

Avec la météo et la chute de températures annoncées nous avions bon espoir qu’une très grande partie de la population de carpes de ce lac allait fuir les faibles profondeurs pour venir se rassembler et se mettre à l’abri derrière le vent, dans la partie la plus profonde du lac où les températures devaient rester relativement stables. Nous avons donc décidé de pêcher cette zone profonde du lac qui dans la semaine à venir allait être la seule zone de confort pour les carpes.

Nous ne nous attendions pas à beaucoup d’activité, mais si les carpes étaient vraiment bien concentrées et donc nombreuses sur cette zone il y avait sûrement moyen de construire quelque chose en amorçant correctement. Nous avons donc bien éparpillé chaque soir 10 à 12 kg de billes (un mélange Tutti et Crab 16 et 20mm) sur une zone centrale de la partie profonde du lac, pas loin de la digue.

Cela peut sembler beaucoup mais si les carpes sont nombreuses et certaines d’entre elles (les fameux « poissons pilotes ») commencent à mettre leur nez dedans, elles déclenchent vite une réaction en chaîne créant une activité alimentaire générale très compétitive parmi un grand nombre de carpes.

Cela ne peut pas fonctionner si on met trop peu de bouillettes. L’idée était de ne pas pêcher de nuit (chose que je fais rarement d’ailleurs) pour mettre les carpes en confiance par rapport aux appâts, puis de tendre nos lignes sur la zone traitée la journée, de 10h le matin à environ 20h ou 20h30 le soir, en mettant à chaque fois un bon rappel d’amorce sur les lignes.

L’approche a fonctionné à merveille. Les carpes étaient bien au rendez-vous. Elles se sont bien rassemblées sur notre zone derrière le vent dès que les températures ont chutées. Nous avons déroulé tous les jours, dans l’après-midi et en début de soirée.

Suivre ou fuir le vent ?
Christophe avec un bon fish piqué juste avant l’heure légale mais dont le combat a fini dans le noir.
Suivre ou fuir le vent ?
Ready for a run. En ce qui concerne la météo le pire est derrière nous…

Dans un premier temps nous prenions pas mal de petits carpes de 9 à 13 kg mais ensuite le poids moyen des prises a considérablement monté puis les plus gros poissons ont pointé leur nez aussi. Sur les dernières 48 heures de la session nous avons déconstruit l’amorçage en divisant par deux puis par trois la quantité de bouillettes amorcées, aussi bien pour l’amorçage du soir que pour les rappels sur les lignes la journée, ceci afin d’optimiser notre « récolte » dans la dernière ligne droite.

Sur 8 jours de pêche effectifs nous avons réussi à prendre 55 poissons au total, avec plusieurs sujets dépassant les 20 kg, jusqu’à 25,4 kg. Pendant ce temps, tous ceux qui pêchaient les postes face au vent n’ont pratiquement rien fait, que ce soit sur notre lac ou sur les autres lacs de la région. Globalement les lacs étaient tous sur « off ».

La chute de température de l’eau (de 22° à 14° en seulement quelques jours) avait été fatale et poussé les poissons vers les rares zones de confort à l’abri du vent.

Pour tirer son épingle du jeu il fallait être derrière le vent et dans suffisamment d’eau pour être dans les fish. Pourtant, c’est plutôt rare de cartonner derrière le vent au mois de septembre…

Suivre ou fuir le vent ?
Soudain, en plein après-midi, je tombe sur cette commune haute, massive et pleine de 25,4 kg. Un poisson très propre et complètement inconnu.
Suivre ou fuir le vent ?
Dans la phase de déconstruction de notre amorçage les touches s’enchaînent. Le beau temps est revenu, le vent est tombé, la haute pression est toujours là et les carpes continuent à se nourrir sur notre zone.
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