Appâts

DROGUES POUR CARPES

Que dit la science ?

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de Arno van ‘t Hoog

Les carpes ont un excellent sens du goût, mais qu’est-ce qu’ elles goûtent et aiment réellement ? Depuis de nombreuses années la science cherche la réponse à cette question.
Un bon nombre de recherches ont été conduites dans ce sens, pour savoir ce qui incite vraiment les carpes à se nourrir.

Tout ou presque a été testé dans un cadre rigoureux, produits naturels et produits purement chimiques.

Quel est l’effet de telle ou telle molécule sur l’appétit des carpes. Comment la carpe réagit-elle au LSD ?! Arno van ‘t Hoog, journaliste scientifique, nous apporte des informations intéressantes dans ce domaine.

Personne n’a fait des recherches plus imaginatives sur le sens du goût et la stimulation alimentaire des carpes que Howard A. Loeb.

Cet Américain spécialiste des recherches sur les carpes a dans les années 60 réalisé de nombreuses expériences avec des centaines d’arômes, des milliers de substances chimiques et même certains types de médicaments pour connaître leurs effets stimulateurs sur les carpes.

Loeb a fait son nom principalement avec des expériences étranges dans lesquelles il a par exemple examiné l’effet du LSD sur le comportement de nage de la carpe. Le LSD provoque chez les êtres humains de façon prolongée des hallucinations et autres perceptions bizarres.

Loeb voulait voir s’il pouvait modifier le comportement de nage des carpes avec le LSD. En obligeant (forçant) les carpes à nager vers la surface elles seraient plus faciles à compter et à capturer. Cela pourrait conduire à une toute nouvelle méthode de pêche bien plus efficace, pensait Loeb.

Cela permettrait aussi d’éradiquer les carpes (introduites aux USA peu après 1830) aux endroits où elles étaient bien trop nombreuses et considérées comme étant nuisibles.

Dans les années 1950, les défenseurs de l’environnement et gestionnaires des eaux aux États-Unis n’étaient pas enchantés par l’omniprésence des carpes. Ces dernières arrachaient la végétation aquatique et menaçaient sérieusement certaines espèces de poissons indigènes.

Loeb cherchait une méthode de capture et de destruction des carpes avec des appâts empoisonnés, et des médicaments pouvant modifier le comportement des poissons. Mais toutes les expériences étaient vaines. Le LSD par exemple avait un effet bizarre sur les carpes : elles nageaient en arrière puis se collaient au fond jusqu’à ce que l’effet de la drogue se termine.

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Quel e­ffet aura une drogue comme le LSD sur les carpes ? Des chercheurs se sont penchés sur la question !

Pourtant, la recherche de Loeb a livré des connaissances dont les pêcheurs peuvent encore tirer parti aujourd’hui dans l’utilisation des arômes et attractants. Une étude qu’il a publiée en 1960 décrit la réaction des carpes sur 115 différents arômes et parfums.

Loeb a classé les produits en deux catégories, solubles dans l’eau et non-solubles dans l’eau (ou substances huileuses). Il introduisait les produits dans un aquarium et observait leur effet sur le comportement alimentaire des carpes. Chaque produit était testé sur 6 carpes et chaque test était répété une fois.

Loeb constatait que les plus fortes réactions étaient provoquées par les substances solubles dans l’eau : bouillon de bœuf, le café instantané, extrait de foie, de la mélasse, du jus de tabac, extrait de ver, le sucre brun, le fenugrec.

Ah oui, il a également testé la combinaison de jus de tabac avec de la salive, et les carpes adoraient ! Même la salive toute seule avait un effet. Loeb a vraiment tout essayé. La deuxième catégorie, des substances huileuses, ont d’abord été vigoureusement mélangées avec un peu d’eau (avec un mélangeur), puis ajoutées à l’aquarium.

Il a ainsi testé 80 substances différentes dont l’huile d’arachide, l’huile d’anis, huile d’aiguilles de pin, l’huile de cannelle, l’huile de citronnelle, l’huile d’olive, l’huile de sésame et l’huile de menthe poivrée. Loeb a remarqué que la réaction des carpes sur les substances de cette catégorie était quasi nulle.
Les poissons semblaient constater la présence du produit (par une brève ouverture et fermeture de la bouche) mais ce dernier ne stimulait pas leur comportement alimentaire. Seule l’huile d’olive chargée en miettes de sardine provoquait une réaction positive.

Les résultats de Loeb correspondent bien à ce que nous avons appris plus tard sur le sens olfacto-gustatif des carpes. Les poissons détectent surtout les substances hydrosolubles, qui sont omniprésentes dans l’extrait de foie ou de ver dans un bouillon de bœuf, de la mélasse et le café instantané.

Tous ces produits contiennent des mélanges de sels, d’arômes et d’acides aminés. Mais dans ce cas, quel est exactement l’ingrédient qui déclenche la réaction positive ?

Extrait du rapport Loeb.

DROGUES POUR CARPESAujourd’hui, les chercheurs mènent leurs recherches de façon beaucoup plus rigoureuse que dans les années 60. Mais étudier ce que les carpes et autres poissons aiment réellement n’est pas une chose facile. Afin de mesurer les réactions sur différents types de saveurs, toutes les propriétés de l’alimentation (format, forme, couleur, texture) devraient rester les mêmes à chaque fois, sauf pour cet ingrédient gustatif qui est à l’étude.

Les chercheurs testent souvent les réactions des carpes sur des granulés qui à la base n’ont aucun goût et auxquels ils rajoutent seulement un seul ingrédient savoureux pour mesurer son effet. On observe alors la réaction des poissons.
Combien de fois les granulés sont saisis en une minute ?
Combien de temps il faut avant qu’une carpe ingère les granulés ?

Les chercheurs regardent aussi la fréquence à laquelle les aliments sont recrachés et mesurent la quantité totale des aliments ingérés. En répétant chaque test une centaine de fois (!) il est possible de tirer des conclusions fiables. On détermine alors si une substance est attractive/stimulante, répulsive ou neutre, puis on compare les différentes substances entre elles.

De cette manière il est également possible de tester l’effet de différentes concentrations d’une même saveur. En réduisant la quantité d’arôme progressivement on peut étudier à quel point la carpe est sensible à cet arôme, et à quel dosage l’effet est optimal.

Chaque test permet alors d’obtenir un score pour chaque saveur ou la quantité de saveur, où 0 (zéro) représente les granulés neutres sans aucun additif et 100 les granulés très riches en extrait de vers de vase (une nourriture naturelle qui stimule très fortement les carpes).

L’évaluation des quatre saveurs de base – sucré, salé, acide et amer – semble varier considérablement selon les espèces de poissons. Le goût sucré est très attrayant pour une minorité d’espèces. Les amours blancs l’apprécient, tout comme certaines autres espèces de poissons herbivores.

Beaucoup d’autres espèces ne montrent aucune préférence pour le sucré. Sans doute elles ne peuvent même pas le détecter. Cela semble être le cas des carpes (surprise !). Plusieurs essais avec des aliments contenant différentes quantités de sucre ont montré qu’il n’y a aucune stimulation mesurable du comportement alimentaire.

Avec les saveurs acides on constate aussi des différences importantes. Des aliments acidifiés avec un peu d’acide citrique ont été étudiés chez 39 espèces de poissons. Chez 16 espèces la saveur acide freine clairement le comportement alimentaire (le brochet et le saumon le détestent), chez 8 espèces on ne mesure aucun effet et chez 15 espèces l’acide stimule le comportement alimentaire.

Les anguilles et les truites arc en ciel l’adorent, et la carpe réagit aussi de façon positive.

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Les carpes réagissent de façon positive sur l’acide citrique. Plus d’un million de tonnes d’acide citrique sont produites industriellement chaque année. Il est largement utilisé comme exhausteur de goût et comme régulateur de pH alimentaire.

En ce qui concerne les saveurs amères, seules quelques espèces semblent l’apprécier. Plusieurs tests ont été effectués avec de la quinine (l’ingrédient clé du Bitter Lemon) et aucune espèce de poisson n’a eu une réaction positive. Soles, turbots, poissons rouges et carpes le détestent carrément !

Le chlorure de calcium a très peu d’effet sur la plupart des espèces (la plupart ne le détectent pas). Seuls quelques poissons ont trouvé le goût amer du chlorure de calcium attrayant, y compris la carpe. Pourtant, la carpe y réagit avec moins d’enthousiasme qu’avec l’acide citrique.

Enfin le goût salé favorise parfois le comportement alimentaire selon l’espèce. Par exemple les saumons Steelhead réagissent positivement à une nourriture très salée, mais les anguilles ne la supportent pas ! Selon certains tests l’ajout de sel de table donne une réaction légèrement positive sur les carpes, mais selon d’autres tests le sel n’aura aucun effet sur les carpes.

Les saveurs traditionnelles sucrées, acides, salées et amères, cependant, sont moins importantes pour les poissons dans la valorisation des aliments qu’une tout autre catégorie de substances : les acides aminés.
Ces blocs de construction des protéines sont présents en petites quantités dans tous les types d’appâts et de nourriture naturelle : les plantes, les graines, les insectes, etc, mais parfois aussi en grande quantité, par exemple dans les extraits de foie ou de vers de vase.

Les poissons peuvent détecter la présence de très faibles concentrations d’acides aminés, et ces derniers permettent aux poissons de trouver et d’apprécier leur nourriture.

Il existe 21 acides aminés (AA) différents mais l’effet de chaque AA sur les poissons varie énormément. Un AA qui stimule une espèce de poisson peut avoir un effet nul sur une autre espèce de poisson. Chaque espèce de poisson a ses préférences.

Chez les carpes il existe 6 acides aminés qui sont considérés comme étant « stimulants ». La cystéine est en tête et obtient pratiquement le même score que l’extrait de vers de vase lors des tests. La proline figure en deuxième place, mais son effet est déjà bien moindre. Suivent alors l’acide glutamique, l’acide aspartique, l’alanine et la glutamine. Les autres acides aminés sont sans effet sur le comportement alimentaire ou peuvent en concentrations trop importantes même couper l’appétit.

Certains acides aminés ont un goût particulier pour nous les humains. La glycine par exemple est sucrée alors que la leucine est amère et l’acide glutamique aigre-doux. La plupart des autres acides aminés ont un goût neutre.

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La cystéine est l’acide aminé qui stimule le plus l’apétit des carpes. Aliments sources de cystéine : Levure de bière, Germe de blé, Ail, Oignon, Chou de Bruxelles, Brocoli, Produits laitiers, Noix, Graines, Fruits de mer, Poisson, Œufs, Viande

Mais ce que nous goûtons ne nous dit rien sur la façon dont les différentes espèces de poissons perçoivent les acides aminés. Les carpes sont donc stimulés par 6 acides aminés, les amours blancs par seulement 3. Chez cette dernière espèce 17 acides aminés sont même considérés comme plus ou moins répulsifs !

Les tanches sont stimulées par pas moins de 12 acides aminés, et aucun des autres n’a un effet répulsif. Que peut faire un pêcheur avec cette information ? On n’amorce pas avec des acides aminés purs et dans quasiment chaque type d’appât on trouve l’ensemble des acides aminés dans des proportions variables, notamment dans un appât riche en protéines.

Ceci montre les limites de la recherche au niveau de leur goût. Prenons comme exemple le tryptophane. Pour nous cet acide aminé a un goût très fort et amère, mais les bananes sont très riches en tryptophane et ont pourtant un goût sucré. Vous ne pouvez pas déduire grand-chose en vous basant sur le goût d’un acide aminé pur, sachant que cet acide aminé est finalement mélangé dans une composition d’amorces très complexe.

La plupart des appâts et amorces sont des mélanges de saveurs et de textures. La somme des composants est plus déterminante que chaque composant individuel. Pensez aux extraits et mélanges que Loeb a testés lors de ses recherches.

En examinant les différentes combinaisons de saveurs on constate que certaines combinaisons d’acides aminés peuvent avoir un effet très stimulant sur le comportement alimentaire. Mais il y a très souvent d’autres composants savoureux présents dans les appâts et amorces dont l’effet sur les carpes n’a pas encore été testé de façon scientifique. Par exemple, les blocs de construction de l’ADN (appelés nucléotides et nucléosides) stimulent très fortement certaines espèces de poissons de mer.

C’est le cas de l’inosine et l’AMP, que l’on retrouve en bonne quantité dans l’extrait de krill et l’extrait de calamars.

DROGUES POUR CARPESL’extrait de krill, en plus d’être riche en acides aminés solubles, contient un bon pourcentage de nucléotides et nucléosides tels que l’inosine et l’AMP que les carpes adorent !

La recherche sur le goût des ingrédients individuels nous apprend seulement quelque chose sur la façon dont les poissons perçoivent des arômes et des saveurs dans le monde sous-marin. En laboratoire on analyse surtout les réactions des poissons par rapport à des composants simples.

Certains acides aminés, l’acide citrique et le chlorure de calcium sont des composants remarquablement simples de petite taille. Grâce à leur petite taille ces composants sont extrêmement solubles et atteignent facilement les terminaisons nerveuses du poisson.

Les composants plus grands et plus complexes (protéines, amidon, huile de poisson) sont nettement moins (voire très peu) performants à ce niveau. Ceux-ci ne sont pas considérés comme des éléments savoureux en eux-mêmes mais peuvent fonctionner comme support pour certains types d’arômes.

De plus, la recherche montre à quel point nous comprenons peu la façon dont les poissons perçoivent les saveurs et arômes. Nous savons peu sur comment les poissons apprécient certaines substances et pourquoi les préférences varient autant d’une espèce de poisson à une autre. Il est impossible de trouver un composant magique que tous les poissons aiment tout le temps.

En revanche, ce qui est clair, c’est que selon les espèces il est possible de renforcer l’attractivité et le pouvoir stimulateur d’un appât ou amorce par l’addition de certains acides aminés et/ou autres substances. La pisciculture s’en sert avec succès depuis des années déjà.

Par exemple, l’alimentation des civelles est rendue plus attractive par l’ajout de l’alanine, du proline et de la glycine. Les jeunes poissons mangent alors davantage et grandissent plus vite. On procède de la même façon, mais avec d’autres combinaisons d’acides aminés, dans les élevages de bars et de daurades.

L’élevage de poissons nous apporte d’autres connaissances utiles permettant de rendre nos appâts plus attractifs. Cela nous fournit une liste avec des produits très intéressants tels que la bétaine, la farine de crevettes et l’extrait de calamars. L’aquaculture est très active dans la recherche des substances qui stimulent l’appétit et donc la croissance des poissons.

Cette recherche nous apprend pas mal de choses utiles aussi. Par exemple le fait que les mélanges soient toujours plus efficaces que les composants individuels. Pour l’élevage d’un grand nombre d’espèces de poissons on utilise des mélanges de l’alanine, de l’acide glutamique, de l’arginine et de la glycine.

En outre, pour de nombreuses espèces marines et d’eau douce la bétaine est ajoutée au mélange comme attractant. La bétaine est également connue sous le nom de glycine triméthyl et, comme son nom l’indique, sa composition chimique ressemble beaucoup à celle des acides aminés. La bétaine n’a pas seulement des propriétés attractives et stimulantes mais optimise aussi la digestion et est bénéfique sur le plan physiologique.

DROGUES POUR CARPESLa science a prouvé que la bétaine stimule le comportement alimentaire des carpes.

Lors des tests dans les élevages de carpes en Inde, l’ajout de 2,5g de bétaine par kg d’alimentation donnait une nette accélération de la croissance. Des concentrations plus élevées ne fonctionnaient pas mieux. Une recherche sud-africaine avec les jeunes carpes koï montrait une croissance accélérée grâce à l’ajout d’une combinaison d’alanine et de bétaine.

On a en outre effectué des recherches avec du diméthylsulfoniopropionate (DMSP), également connu sous le nom de dimethyl-β-propiothetine (DMPT). Cette substance se trouve dans les algues marines et se révèle être très attrayante pour de nombreuses espèces de poissons.

Elle stimule le comportement alimentaire de nombreuses espèces de poissons marins. Des chercheurs japonais ont démontré que le DMPT a également un effet très stimulant sur le comportement alimentaire des carpes et poissons rouges, beaucoup plus forte que par exemple l’acide aminé glutamine.

Pour ceux qui aiment expérimenter avec l’ajout de composants simples, il n’y a pas besoin d’utiliser de grandes quantités. L’acide citrique fonctionne très bien dans une fourchette comprise entre 1 et 5%, ce qui signifie entre 10 et 50 millilitres d’acide citrique par kilo d’amorce.

Le chlorure de calcium fonctionne très bien à un dosage de plusieurs dizaines de grammes par kg. Cystéine et proline fonctionnent de façon optimale à 10 g par kg, mais même un faible dosage de 1g par kg a déjà un effet positif.

L’extrait de krill, en plus d’être riche en acides aminés solubles, contient un bon pourcentage de nucléotides et nucléosides tels que l’inosine et l’AMP que les carpes adorent !

DROGUES POUR CARPESTous les acides aminés ont été rigoureusement testés sur les carpes !

Les sens olfacto-gustatifs chez les poissons

Nous goûtons grâce à nos papilles gustatives présentes sur notre langue, et nous sentons grâce aux nerfs olfactifs dans notre nez. Une carpe a aussi une bouche et des narines, mais elle goûte et sent aussi grâce aux papilles présentes sur ses lèvres, sur ses barbillons et sur une grande partie de sa tête.

Ce n’est pas une exception dans le monde des poissons. Un poisson-chat possède même 680.000 papilles sur sa peau. Il goûte et sent les substances avec tout leur corps, ce qui est utile quand on vit dans la boue, dans l’obscurité ou quand on est presque aveugle.

Chez les poissons le nombre et l’emplacement des papilles dit quelque chose sur leur style de vie. Carpes et tanches remuent souvent la vase, elles ont beaucoup de papilles sur la face inférieure de la tête, ce qui est pratique quand on ne voit pas grand-chose car cela permet de détecter et d’analyser quand même la nourriture avant de la saisir, même dans le noir complet.

Les poissons de la famille des carpes possèdent sur les parties les plus sensibles de leurs lèvres, de leur menton et de leur cou des milliers de papilles gustatives. Et ils en ont encore bien plus dans la bouche. Nous, les êtres humains, devons nous contenter de 4000 à 8000 papilles gustatives sur notre langue.

Les carpes nous battent donc largement, et perçoivent les choses de façon très différente de nous.

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Chez les poissons, le goût et l’odeur ne sont pas deux choses distinctes. Les papilles dans la bouche et sur la peau d’un poisson réagissent sur les mêmes composants que les nerfs olfactifs de notre nez. Une carpe goûte déjà les choses avant de les prendre en bouche.

Ceci dit, une fois la nourriture dans la bouche écrasée en petits morceaux avec les dents pharyngiennes, la carpe les goûte encore bien mieux. Parfois cela conduit la carpe à rejeter une nourriture qui finalement ne lui plaît pas assez pour des raisons qui n’ont strictement rien à voir avec le goût.

Le goût n’est donc pas le seul facteur qui détermine si une carpe apprécie et accepte un aliment.

COMPOSANTS STIMULANTS
Composants étudiés et leur influence sur le comportement alimentaire de la carpe.
Source : Kasumyan A. O. & Morsi A. M. Kh. (1996).

Stimule l’appétit :
Acide citrique
Chlorure de calcium

Acides aminés :
Cystéine
Proline
Acide glutamique
Acide aspartique
Alanine
Glutamine

Réaction neutre :
Sucre (saccharose)
Le sel de table (NaCl)

Acides aminés :
Histidine
Lysine
Leucine
Tyrosine
Glycine
Asparagine
Isoleucine

Coupe l’appétit :
Tryptofaan
Arginine
Threonine
Methionine
Fenylalanine
Serine
Valine

Le sucre est-il réellement sans effet ?

Lors de certains tests il s’est avéré que le sucre blanc (raffiné) en tant que composant pur n’avait aucun effet positif mesurable sur le comportement alimentaire des carpes. C’est étrange car la carpe a pourtant la réputation d’aimer les aliments au goût sucré.

En fait, il faut s’intéresser à ce que le sucre fait dans un aliment. Non seulement il le conserve (et par la même occasion conserve les nutriments), mais il peut aussi déclencher un processus de fermentation, qui convertit des glucides en acides qui à leur tour peuvent avoir un effet stimulateur sur l’appétit des carpes.

Loeb avait constaté que le sucre brun avait un effet très positif sur l’appétit des carpes, mais le sucre brun est pollué avec des acides aminés et contient même de la bétaine ! Le NHDC est le composant le plus sucré qui existe, et on sait que les carpes l’adorent aussi. Mais le NHDC est aussi un exhausteur de goût.

Alors que faut-il en conclure ? Peut-être ce n’est pas tant le goût sucré en soi-même qui stimule les carpes mais plutôt certaines réactions chimiques que provoquent certains composants sucrés dans les appâts, en entrant en interaction avec d’autres éléments qui composent ce même appât ?

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Literature :

Loeb, H.A. (1960) Reactions of Aquarium Carp to Food and Flavours. New York Fish & Game Journal 7: 60-71.

Kasumyan, A.O. & Doving, K.B. (2003) Taste preferences in fishes. Fish and Fisheries 4: 289 – 347.

Chervova L. S. & Lapshin D. N. (2005) The Threshold Sensitivity of External Chemoreceptor in Carp Cyprinus carpio to Amino Acids and Classical Gustatory Substances. Journal of Ichthyology 45: S307–S314.

Kasumyan A. O. & Morsi A. M. Kh. (1996) Taste Sensitivity of Common Carp Cyprinus Carpio to Free Amino Acids and Classical Taste Substances. Journal of Ichthyology, Vol. 36: 391–403.

Nakajima, K. et al (1989) A New Feeding Attractant, Dimethyl-β-propiothetin, for Freshwater Fish. NIPPON SUISAN GAKKAISHI Vol. 55 (4): 689-695.

Murthy HS, Manai A, Patil P (2016) Effect of Betaine Hydrochloride as Feed Attractant on Growth, Survival and Feed Utilization of Common Carp, Cyprinus carpio.

Ajiboye, O.O. et al (2012) A Perspective on the Ingestion and Nutritional Effects of Feed Additives in Farmed Fish Species. World Journal of Fish and Marine Sciences 4 (1): 87-101.

Barnard, P (2006) Gustatory and olfactory feeding responces in Japanese koi carp (Cyprinus carpio) Thesis Animal Sciences. Aquaculture, University of Stellenbosch.

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