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Conditionner les carpes, mais pas seulement…

Leon Hoogendijk

-- ESPACE PARTENAIRE(S) --
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Lors de mes grandes sessions automnales en grand lac j’aime bien conditionner les carpes avec un amorçage de zone réfléchi afin d’obtenir le meilleur résultat possible dans une situation donnée. Ce n’est pas pour autant qu’il suffit d’arroser un poste avec des billes puis d’attendre bêtement que les carpes se piquent sur la zone traitée et fassent sonner les détecteurs.

Bien souvent les choses ne sont pas aussi simples que cela, notamment sur les eaux pêchées toute l’année. Mais avec un peu de réflexion, une bonne remise en question et une approche adaptée aux conditions spécifiques il y a toujours moyen de sortir son épingle du jeu, et parfois même de faire une véritable pêche de rêve !

C’est ce qui m’est arrivé au mois d’octobre 2017. Pourtant, pour moi, cette année-là a été d’abord très capricieuse. Le printemps, comme souvent, était très aléatoire. Chaque printemps il y a de bonnes pêches à faire mais pas à n’importe quel moment. Généralement, si tout se passe bien, la semaine ou les 10 jours avant le début du frai constituent un moment clé où les poissons tombent facilement car leur métabolisme s’accélère et ils n’ont pas encore été pêchés. L’absence de stress accumulé les rend alors vulnérables.

C’est aussi le moment où beaucoup de carpes sont à leur poids maxi, et tout le monde le sait. C’est une période convoitée par les carpistes. Avoir le bon poste au bon moment n’est pas facile. D’abord parce qu’on ne sait jamais à l’avance quand la reproduction va avoir lieu. Parfois le frai se déclenche dès fin avril, parfois c’est bien plus tard. Programmer une semaine de pêche en fonction du bon moment n’est donc pas vraiment possible, c’est la loterie.

On a une petite chance de tomber pile au bon moment mais il y a bien plus de chances d’arriver trop tôt ou trop tard. Seuls ceux qui peuvent se libérer quand ils le veulent sont capables d’anticiper au mieux, et ce n’est pas mon cas. Puis, puisqu’il y a beaucoup de carpistes qui circulent sur les berges, avoir le bon poste est loin d’être gagné d’avance aussi. Bref, j’ai connu bien plus de pêches moyennes et mauvaises au printemps que des cartons, et je pense que c’est vrai pour beaucoup de carpistes.

L’année 2017 ne faisait pas exception à cette règle. Bien que je sois tombé sur la bonne semaine lors de ma session vintage sur le lac à David, avec une très belle pêche à la clé, je suis passé à côté de ma pêche sur les autres eaux que je pêche de façon conventionnelle.

Deux fois je n’ai pas pu pêcher les lacs et postes que j’avais en tête car il y avait déjà trop de monde, et deux fois j’ai dû annuler une session car ma voiture était hors service ! Même en juin j’ai encore annulé une session car la météo prévoyait des jours à 36-38° à l’ombre avec des nuits à 22-24°, et pour moi il faut que la pêche soit un plaisir, pas une souffrance. La pêche a été pour moi donc très fragmentée au printemps et au début de l’été, un jour par-ci, deux jours par-là, avec des résultats très modestes.

Je ne pense pas pour autant être passé à côté de quelque chose car mes amis qui eux ont bien plus pêché au printemps n’ont, à une exception près, pas fait de miracles non plus. L’exception était mon ami boulanger Christophe qui, habitant près de plusieurs beaux lacs, pré-amorçait des postes pour y pêcher les coups du soir. Il misait sur le conditionnement, la mise en confiance des poissons. C’était vraiment la bonne approche, il a réalisé un printemps de folie, avant ET après le frai, ce qui est plutôt rare.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Abdel et Samir (9 ans, c’est lui qui a pris le poisson !). Une belle complicité entre père et fils !

 

Les mois de mai et juin avaient été exceptionnellement chauds, et au mois de juillet cette tendance s’est poursuivie. Vers la fin du mois de juillet, la météo annonce enfin des baisses de températures. Je programme alors plusieurs jours de pêche avec mon ami Abdel qui pour l’occasion emmènera son fils Samir (9 ans). Juste avant il avait encore fait horriblement chaud avec pratiquement pas de vent. La température de l’eau dépassait les 28° !

Ces quelques jours au bord du lac furent extrêmes : vent du nord-ouest (très fort par moment) qui brassait en permanence notre berge, grosses averses glaciales et des jours à 11-12° avec au petit matin même 5° ! Imaginez le choc thermique avec une eau à 28° !

Les carpes ne l’ont pas aimé du tout et lors des trois premiers jours (nous ne pêchions pas la nuit) seul Samir a réussi à prendre une carpe qu’il a ramenée tout seul sur l’une des cannes de son père. Nous avions amorcé modestement mais régulièrement une zone mais nous n’avons rien construit du tout. Les carpes avaient la bouche fermée.

Le dernier jour j’ai joué un joker : j’ai bien décalé une ligne de la zone amorcée que j’ai placée en bas d’une cassure en amorçant seulement quelques bouillettes autour du montage. C’est ce qui m’a sauvé d’une bredouille, dans l’après-midi je touche 3 belles carpes…

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
L’une des 3 belles carpes prises un après-midi en juillet sur un petit spot magique.

 

Enfin une belle pêche

Je n’ai pas pêché la carpe au mois d’août, j’ai fait un petit break. J’en ai profité pour pêchouiller un peu le brochet, pour bricoler un peu à la maison et je suis allé voir ma famille et mes amis aux Pays Bas. Autant dire qu’arrivé au mois de septembre j’avais soif de carpes et envie d’une belle session, j’étais cette fois-ci vraiment en manque !

Mi-septembre j’ai alors repêché le lac où j’avais déjà réalisé une très belle pêche dans la même période un an plus tôt. Pour cette session c’est papi Christophe qui m’a accompagné, il avait très peu pêché cette année et était bien motivé pour faire fumer les cannes. Il avait même posé 2 semaines de congés.

En arrivant sur le lac, 2 des 3 postes qu’on avait en tête étaient déjà occupés. Celui libre, dans un coin vers la grande digue, me plaisait du fait qu’il était bien exposé aux vents annoncés par la météo (entre sud et ouest) et un peu isolé des autres secteurs pêchés sur le lac. Trois autres équipes et un carpiste solitaire étaient postés ailleurs sur le lac, et tous pêchaient très loin du bord (250 à 350m), vers le centre du lac et dans le fond du lac. Ils pêchaient aussi de nuit. Nous avons opté pour une autre approche.

Nous avons posé un repère à gauche à environ 100m de la berge et un autre à droite (coté digue) à environ 150m de la berge. Entre ces deux repères, espacés de 250m environ, nous avons copieusement amorcé avec deux types de bouillettes, Tutti Frutti et Crab N°1 Special (les deux en 20mm) sur une bande d’environ 30m de large.

Ainsi nous avons créé une bande diagonale d’interception à la fois orientée vers la partie centrale du lac à notre gauche que vers la grande masse d’eau droit devant nous devant la grande digue. En ne dépassant pas les 150m de distance maximale il restait une très grande surface sans lignes derrière notre amorçage, alors qu’ailleurs sur le lac, avec les carpistes qui pêchaient tous très loin, les fils se croisaient dans tous les sens pour former une véritable toile d’araignée.

Nous avons aussi décidé de ne pas pêcher la nuit pour mieux conditionner les poissons sur notre secteur. Une fois mises en confiance, il n’y avait aucune raison que les carpes ne viennent pas se nourrir sur notre zone de pêche la journée, surtout avec les prévisions météo qui étaient plutôt favorables pour dérouler aussi la journée.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…

Eh bien, tout s’est déroulé exactement comme nous l’avions imaginé. Nous avons pêché une dizaine de jours de 9h30 le matin (et parfois pas avant 11h30 le matin à cause du brouillard !) à 19h30 ou 20h15. Cela dépendait de l’activité car après 17h30 nous ne ramenions plus les lignes sur la zone pour ne pas la déranger dans les dernières heures de pêche.

Nous avons ainsi pris 86 carpes de 8 à 22,8 kg pour un total de 95 départs ! Miroirs, cuirs, communes, écaillures sympas, bref, un tableau très varié comme on aime. Chaque soir nous remettions une couche de billes sur la zone, et à partir de 22h00 les carpes sautaient vraiment sur l’amorce mais n’étaient pas dérangées par nos lignes, ce qui nous a permis de les conditionner à fond. Le matin en emmenant les lignes nous faisions de bons rappels autour des montages.

On voyait régulièrement des carpes faire des remous ou sortir la tête hors de l’eau à une bonne centaine de mètres derrière notre zone amorcée. Chaque jour, la première touche s’annonçait seulement après une ou deux heures de pêche, suivie de plusieurs touches l’après-midi avec une bonne accélération d’activité en fin de journée, à partir de 17h30. Chez les autres carpistes il ne se passait pas grande chose la journée, et même la nuit ils avaient du mal à faire plus d’un ou deux poissons. Il y avait clairement trop de pression, trop de stress sur leurs zones de pêche.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…

La grande leçon

Malgré tout nous avons quand même décroché 9 poissons, soit pratiquement 1 poisson sur 10, ce qui est bien trop à mon goût. Mais cette session m’a servi de leçon. Pendant longtemps, en pêchant à plus de 100m de la berge, j’ai pêché en tresse directement reliée à mon Protect Leader, estimant qu’au moins le Protect Leader se plaque sur le fond, tout en sachant que la tresse derrière décolle pour traverser en hauteur la colonne d’eau.

Cela a toujours très bien fonctionné partout pour moi. Mais les lacs de la région que je pêche ont gagné énormément en popularité depuis quelques années, et attirent de plus en plus de carpistes qui viennent de tous les coins de la France et même de l’Europe. La pression de pêche y est maintenant permanente d’avril à novembre, et on voit bien que le comportement des carpes est en train de changer et devient de plus en plus imprévisible.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…Ce qui marchait très bien il y a quelques années ne marche que très moyennement aujourd’hui. Il faut donc affiner sa pêche, l’optimiser à tous les niveaux (technique, tactique et stratégique) pour rester au top et sortir son épingle du jeu.

Depuis l’été 2017 j’ai décidé de ne plus relier ma tresse directement au Protect Leader et d’utiliser une tête de ligne d’une longueur de 12 à 15m en monofilament dense qui se plaque bien sur le fond. Avant, je n’utilisais des têtes de lignes en gros diamètre que pour les postes encombrés, mais désormais je les utilise aussi quand je pêche en tresse à distance, même sur des zones bien dégagées ou dépourvues d’obstacles.

Dans ce dernier cas j’opte pour le Millenium Head Line en 0.50mm qui est encore relativement souple, très résistante à l’abrasion, transparente et se plaque comme une pierre sur le fond. En milieu encombré je la combine quand même avec un Protect Leader, sinon je fais sauter ce dernier et pêche en tête de ligne directement jusqu’au montage. Cette tête de ligne me fait gagner énormément en discrétion sur la zone pêchée, et c’est exactement ce que je recherche.

De plus, à environ 60 à 70 cm au-dessus du plomb je monte une grosse boule de Tungsten Putty sur la tête de ligne. J’utilise pour cela le Cling-On de chez Nash, la moitié d’une boîte par ligne ! Ce Putty est réutilisable et jusqu’à maintenant il ne m’est pas encore arrivé de le perdre pendant un combat.

Fixez-le à sec sur la tête de ligne et il ne bougera pas. Ce poids supplémentaire améliore encore le plaquage sur le fond des derniers décimètres, et pour peu que ce fond soit couvert d’une petite couche de substrat mou ces derniers décimètres disparaissent carrément dedans et deviennent invisibles, indétectables.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Un bon morceau de Cling-On sur la tête de ligne !

 

Et voici la leçon que nous avons apprise lors de cette session, et c’est assez spectaculaire. Christophe qui pêchait aussi avec 4 cannes n’avait pas monté de têtes de ligne et pêchait en tresse directement sur le Protect Leader. On l’a fait exprès pour pouvoir bien comparer le comportement des carpes vis-à-vis de ces deux terminaisons différentes. Le résultat ?

Les deux tiers des touches se sont produites sur les cannes qui pêchaient avec les têtes de lignes, et 8 des 9 décrochages se sont produits sur les lignes sans tête de ligne ! La tresse en direct était donc clairement détecté par les poissons et provoquait chez eux une forme de stress qui, malgré leur conditionnement sur nos appâts, a modifié la façon dont ils saisissaient les esches. Du coup les montages étaient moins efficaces.

Globalement les carpes capturées sans tête de ligne étaient moins bien piquées, parfois dans la chair plus fragile du coin de leur bouche, parfois même dans la lèvre supérieure, et plusieurs fois même juste à l’extérieur de leur bouche. Celles capturées avec la tête de ligne étaient pratiquement toutes piquées parfaitement et fermement dans la lèvre inférieure !

Session d’octobre

J’étais enfin rentré dans ma pêche et j’étais impatient de faire une deuxième grande session en octobre. Cette fois-ci la session était planifié non pas avec papi Christophe mais avec Christophe le boulanger avec qui j’étais ami depuis environ deux ans.

C’est un mec super passionné et un pêcheur hors du commun qui sait s’adapter partout. Nous avons parfois de grandes discussions sur les montages et stratégies d’amorçage, nous sommes tous les deux des perfectionnistes, mais bien qu’on vienne d’horizons très différents, notre expérience se rejoint sur bien des points et nous sommes souvent sur la même longueur d’ondes.

Mais parfois il voit les choses sous un autre angle que moi, ce que je trouve très intéressant. Je pense que finalement on est assez complémentaires.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
J’aurai dû m’en douter un peu. En pêchant avec Christophe le boulanger, il allait y avoir du pain sur la planche !

 

Pour cette session d’octobre nous nous étions donné rendez-vous le lundi matin au bord du même lac que j’avais pêché quelques semaines auparavant. En réalité nous voulions pêcher un autre lac plus grand encore dans la même région mais Christophe y était passé la veille et il y avait déjà plusieurs équipes. De plus, le poste qu’on souhaitait vraiment pêcher était déjà occupé par des carpistes étrangers.

Christophe avait eu du mal à communiquer avec eux mais avait compris qu’ils étaient là pour la semaine. Vers 8h00 le matin nous nous sommes rencontrés au bord de l’autre lac mais là c’était pareil, tous les postes étaient occupés. C’est souvent comme ça sur ces lacs en septembre-octobre.

Tous les carpistes posent des congés pour faire des sessions automnales. C’est normal car après tout c’est la meilleure période de l’année. Nous étions à deux doigts de trancher pour partir tenter notre chance dans une autre région quand j’ai proposé à Christophe d’aller faire quand même un tour sur le lac qu’on voulait pêcher initialement, juste pour vérifier s’il n’y avait pas d’équipes qui partaient ce jour-là.

Arrivés là-bas bonne surprise : les carpistes qui occupaient le poste qu’on voulait pêcher étaient partis s’installer sur un autre poste ! Quelle chance ! Sans perdre notre temps nous y avons déposé tout notre matériel et nous avons monté notre campement.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Premier poisson : 21 kg

 

L’idée de base était de mettre en place la même stratégie que sur l’autre lac au mois de septembre : poser des repères, amorcer la zone et pêcher uniquement la journée. Le niveau du lac était assez bas mais la surface d’eau restante était encore assez impressionnante.

Toutefois, pour atteindre des profondeurs qui nous semblaient convenables il fallait poser trois repères, un à gauche à environ 75m de la berge dans 3m80 d’eau, un droit devant nous à 175mdans 2m80 d’eau, et un à droite à 210m dans seulement 2m40 d’eau (distances et profondeurs mesurées au combiné-GPS).

Notre côté gauche était donc nettement plus profond, même près de la berge. Les repères du milieu et de droite étaient posés dans les profondeurs maximales qu’on trouvait dans cette direction, devant et derrière il y avait encore moins d’eau. Sur la berge d’en face il n’y avait personne car c’était un champ de boue impraticable, ce qui assurait une très grande zone de tranquillité derrière notre zone d’amorçage.

Ce lundi nous nous sommes contentés d’amorcer la zone entre les repères avec deux seaux de billes, toujours les Tutti et les Crab en 20mm, puis nous avons laissé la zone se reposer jusqu’au lendemain. Dans la journée, nous avions vu quelques sauts de belles carpes assez loin derrière les repères dans très peu d’eau mais nous nous sommes dit qu’elles allaient sûrement se rapprocher dès la tombée de la nuit.

Aller chercher des touches

Ces premiers jours la météo n’est pas vraiment de notre côté : peu de vent variable et exceptionnellement chaud pour cette époque, pas une météo vraiment idéale ici, surtout quand on ne pêche qu’en journée. La nuit de lundi le lac est comme un miroir et il n’y a rien qui saute.

Mardi matin on voit encore sauter quelques poissons assez loin derrière nos repères du milieu et de droite. Nous décidons alors de placer chacun trois lignes sur la zone amorcée et de poser chacun une ligne en spot avec très peu d’amorces à une cinquantaine de mètres derrière le repère de droite dans seulement 1m80 d’eau, pas très loin de la zone où on a vu les sauts. C’est là que Christophe prend en fin d’après-midi une belle miroir de 21 kg.

Dans le cradle la carpe excrète clairement de la pulpe des bouillettes Crab N°1. Elle est donc venue se nourrir sur la zone amorcée durant la nuit précédente.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Deuxième poisson : 28,4 kg ! Ce serait la plus grosse carpe encore vivante du lac à son nouveau poids record.

 

Le mardi soir, à partir de 21h00, alors que cela fait déjà plus d’une heure et demie que nous ne pêchons plus, les carpes commencent clairement à sauter sur la zone amorcée. Nous sommes confiants pour le lendemain.

Toutefois, il n’y a toujours pas de vent et il fait toujours très chaud. Le mercredi nous pêchons de la même façon que le mardi, et ce coup-ci, en fin d’après-midi encore, c’est moi qui ai l’honneur de prendre une carpe sur ma canne en spot posée derrière la zone. Et quel poisson ! Dès le ferrage je sens que c’est du lourd et je mets du temps à la ramener jusqu’à la berge. Quand la carpe glisse enfin dans le triangle j’ai du mal à en croire mes yeux, une miroir, elle est propre, elle est énorme !

Dans le cradle je vois une petite coulée orange s’échapper de son anus. Celle-ci est venue manger des billes Tutti sur la zone ! Le peson est taré dans les règles de l’art et le poisson pesé. L’aiguille s’arrête à 28,4 kg, d’après certains carpistes qui connaissent bien le lac il s’agit du plus gros poisson connu et vivant du plan d’eau à son nouveau poids record ! Rien qu’avec cette carpe ma pêche est déjà faite, mais ce n’est que le début…

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Première carpe sur la zone amorcée, juste avant de retirer nos lignes : 20,2 kg.

 

Le mercredi soir on attend encore des carpes sauter sur la zone amorcée (on remet une petite couche de billes tous les soirs). Deux jours de pêche nous ont rapporté que deux poissons sur les deux lignes posées en spot au large, et aucune des lignes sur la zone a produit un poisson.

Pour l’instant les carpes se rapprochent que la nuit pour se nourrir sur la zone. La journée elles sont assez loin derrière, retirées sur une zone de tenue tranquille mais très peu profonde. En fin d’après-midi elles commencent à se rapprocher et peuvent tomber sur l’une des lignes qui pêchent en spot.

Le jeudi nous décidons de nous adapter. On va chacun laisser 2 lignes sur la zone (au cas où) et poser chacun 2 lignes en spot à plusieurs dizaines de mètres derrière la zone. Quand je vous parle de lignes en spot je veux dire un montage avec seulement quelques bouillettes autour.

Ce jeudi les choses évoluent un peu. Nous prenons 3 carpes sur les lignes en spot l’après-midi et Christophe prend la première carpe sur la zone amorcée en début de soirée, une jolie miroir de 20,2 kg. Serait-ce le signe que les carpes s’accoutument et arrivent sur la zone amorcée plus tôt maintenant ? En tout cas, dans le cradle toutes nous témoignent de leur passage sur la zone !

Toutes sont piquées parfaitement aussi, ce qui prouve qu’elles se nourrissent en toute confiance de nos billes. Les carpes sont bien remplies aussi. Elles ont dû bien se nourrir ces dernières semaines, on a l’impression qu’elles sont toutes au taquet.

Pleines comme elles sont on se doute qu’elles ne se nourrissent pas autant qu’en début d’automne quand elles sont encore vides. Il faudra peut-être faire attention de ne pas trop les gaver car cela pourrait se retourner contre nous. On décide alors de baisser les quantités qu’on déverse sur la zone le soir.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Beau spécimen de 22,2 kg pour Christophe le samedi. La cadence monte considérablement !

 

Vendredi, le ciel se couvre enfin un peu, il fait moins chaud et la cadence monte progressivement avec 6 poissons, 3 en spot, 3 sur la zone. Ils annoncent du vent et de la pluie pour le week-end, enfin ! Le samedi le ciel est bien chargé. La nuit il a plu un peu, et dans la journée on a quelques petites averses aussi, avec un vent soutenu plein ouest.

Ce jour nous apporte 8 poissons, 3 sur la zone et 5 en spot dont deux beaux spécimens, un 22,2 kg pour Christophe et un 26,2 kg pour moi. Je suis sur la Lune. D’autant plus que le poisson de 26,2 kg est une carpe que mon ami Ralph avait déjà prise en 2005 à 24,9 kg – elle n’est donc pas toute jeune et elle pète la santé !

En fait, les gros poissons tombent l’après-midi sur les cannes en spot au large, dans peu d’eau, alors que la zone amorcée produit des carpes de taille un peu plus modeste en début de soirée. Pourtant on est sûrs que les grosses viennent se nourrir aussi sur la zone, mais probablement plus tard dans la nuit.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Une carpe pas toute jeune mais qui pète la santé : 26,2 kg. Les poissons sont conditionnés à fond !

 

Affiner la présentation de l’esche

Dimanche est une journée bizarre. Le vent souffle fort, très fort, c’est la tempête. Le ciel est chargé. De grosses vagues s’abattent sur notre berge. Nous déposons nos lignes avec beaucoup de mal mais nous y arrivons quand même. Avec un vent comme ça on va sûrement cartonner.

On se frotte déjà les mains. Mais il ne se passe rien du tout. Pas une seule touche ! Comment c’est possible ? Un drôle de phénomène se produit ce jour-là. Jusqu’à maintenant l’eau était assez claire, assez transparente. Mais la tempête qui brasse le lac crée des courants et contre courants très forts dans les faibles profondeurs. L’eau se trouble, devient marron, devient opaque…

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
À partir de lundi les touches s’enchaînent. Une carpe bien longue de 21,2 kg…

 

Peut-être les carpes n’aiment pas ce changement radical avec une eau qui se surcharge de matières en suspension qui se décollent des fonds. Puis, ces matières se décollent et se déposent en permanence. Il est possible qu’elles recouvrent nos esches qui du coup sont moins bien présentées. Le courant tend nos lignes à mort, nous sommes obligés de donner pas mal de bannière et même en le faisant nous ne sommes pas sûrs que les montages ne se déplacent pas.

En fait j’ai l’impression que finalement ça pêche très mal ce jour-là. Le vent se calme en fin de journée puis tombe dans la soirée. Demain il y aura moins de vent et ça pêchera mieux.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Juste après avoir relâché un poisson de 21 kg Christophe tombe sur ce superbe spécimen de 26,3 kg !

 

Le lundi nous sommes déjà debout avant que le jour se lève. Comme tous les matins nous buvons notre café, nous discutons de ce qui s’est passé la veille et nous tentons d’optimiser notre pêche pour la journée à venir. Le jour se lève et il n’y a pas de vent. L’eau s’est éclaircie un peu. Je vois le fond en bordure, enfin, dans 15 cm d’eau. Le fond en bordure est le même que celui au milieu du lac.

Comme d’habitude je monte un bonhomme de neige 20-14mm sur un montage mais cette fois-ci je le pose en bordure pour voir comment il se présente. Une fois sur le fond je ne le vois plus ! Que se passe-t-il ? Je me baisse et recommence l’opération. Une fois de plus, le bonhomme de neige devient invisible. Là où je le pose, le fond est relativement dur, mais couvert d’une couche de quelques centimètres de substrat gris quasi liquide dans lequel mon bonhomme de neige disparaît complètement.

Je regarde ailleurs en bordure. C’est presque partout pareil. Peut-être c’est la tempête d’hier qui, en décollant les substrats, est responsable de cette couche ? Il faudrait peut-être plusieurs jours pour que cette matière se ré-compacte et se tasse correctement sur le fond. En attendant ce n’est pas top pour la présentation des esches. Que les bouillettes de l’amorçage s’envasent un peu est une chose, mais les carpes ont l’habitude de fouiller et finiront toujours par les trouver.

C’est peut-être même mieux qu’elles ne les trouvent pas trop facilement car cela les occupera plus longtemps sur une zone amorcée. Mais en ce qui concerne mon esche j’aime bien qu’elle soit bien présentée et surtout qu’une carpe la trouve facilement et rapidement. Là il faut faire quelque chose ! Je fouille dans mes affaires et retrouve une boîte avec des pop-up de 20mm que je traîne déjà un moment avec moi mais que j’avais complètement oubliée.

Ce coup-ci je réalise un bonhomme de neige 20-20mm et je recommence mes essais de présentation en bordure. Là c’est vraiment parfait, l’esche coule sur le poids de l’hameçon et se pose sur le substrat. Je l’enfonce avec mes doigts dans la couche molle mais dès que je la lâche elle remonte toute seule et se repose sur la couche, bien visible. Je finirai ma session avec des bonhommes de neige comme ça !

Bien sûr Christophe a tout suivi de près et s’applique donc aussi doublement sur l’équilibrage de ses esches. Par ailleurs, même si nos montages ne sont pas 100% identiques ils se ressemblent énormément et fonctionnent selon exactement les mêmes principes mécaniques.

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
La tempête de dimanche avait rendu l’eau complètement opaque !

 

Difficile de savoir si c’est vraiment l’équilibrage de nos esches qui à ce moment-là a vraiment fait la différence, mais toujours est-il que le lundi, mardi et mercredi nous accumulions 33 captures supplémentaires avec encore 4 poissons qui dépassaient les 20 kg dont une superbe miroir de 26,3 kg pour Christophe !

Compléter le tableau

Normalement nous avions prévu de rentrer le mardi après-midi, mais vu l’activité et les touches que nous avions le lundi, nous avons prévenu nos femmes que nous rentrerions plutôt le mercredi soir. Sauf que, mercredi était encore une bonne journée et le même dilemme se pose une fois de plus.

Nous prenions désormais autant de carpes sur la zone qu’en spot derrière la zone, mais les grosses toutes toujours en spot. Le mercredi en fin de journée le compteur est sur 53 poissons dont 9 de plus de 20 kg avec 3 spécimens dépassant les 25 kg. Que faire dans ces cas ?

Eh bien, appeler nos femmes pour dire qu’on reste un jour de plus ! Ce n’est pas grave dans notre cas, croyez-moi, elles ont l’habitude ! Bien sûr nous étions déjà plus qu’entièrement satisfaits de notre résultat, mais Christophe m’a lancé en rigolant « ce serait bien de faire une 10ème 20 kg pour compléter le tableau et finir le boulot ! ». « Dans ce cas on se lance le défi et on reste un jour de plus » je lui ai répondu. Deux coups de fils plus tard c’était réglé !

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Après le week-end, quand le vent est tombé, c’était la folie. Des rafales de touches et une moyenne très élevée !

 

Conditionner les carpes, mais pas seulement…

Le jeudi nous avons joué le tout pour le tout. Dès le lever du jour nous avons emmené chacun trois lignes au large en spot et nous avons abandonné la zone amorcée. Par ailleurs, nous n’avions plus amorcé la zone la veille au soir et après avoir posé les 6 lignes le matin nous avons enlevé les repères, nous avons remis le bateau sur la remorque et nous avons plié notre campement. Il ne restait plus que ces 6 lignes dans l’eau, 6 chances pour faire une dixième 20 kg, un peu comme 6 billets d’une loterie.

Mais quelque chose avait changé. Le vent avait tourné ce jeudi et nous n’avons plus vu de carpes sur la zone de tenue, ni ailleurs. En début d’après-midi Christophe a quand même pris une 15 kg puis plus rien après. C’était la fin, la fête était finie.

Nous sommes quand même restés jusqu’au soir pour pêcher jusqu’à une demi-heure après le coucher du soleil, la limite de l’heure légale. Cette dernière s’approchant Christophe et moi avons commencé à retirer nos lignes les unes après les autres.

Et c’est là que la magie a opéré de nouveau. Je m’apprêtais à retirer ma dernière ligne quand soudain celle-ci a produit un départ fulgurant ! En prenant contact avec le poisson j’ai senti une bonne résistance. Le poisson a pris un peu de fil, j’ai regagné quelques mètres puis le poisson a de nouveau pris un peu de fil. Il n’avait pas envie de venir facilement alors que la nuit s’approchait à grande vitesse.

Mais je n’ai pas voulu faire l’imbécile et j’ai pris mon temps. Peu à peu j’ai pu récupérer du fil, mètre par mètre, puis au bout de quelques minutes tout s’est soudainement bloqué ! La carpe était tankée à plus de 150m de la berge ! Comment c’était possible ? À ma connaissance il n’y avait pas d’obstacle là-bas.

Nous avions combattu toutes les carpes depuis la berge et pas eu le moindre problème. J’ai attendu un peu avec la canne légèrement courbée. Je sentais que le poisson était toujours au bout, je le sentais bouger, mais il restait bloqué. J’ai marché 50m vers la droite, 50m vers la gauche mais il n’y avait pas grande chose à faire. J’ai ensuite donné du mou complet. Au bout d’un moment le poisson a pris quelques décimètres de fil, j’ai repris le contact et après deux tours de manivelle il était de nouveau bloqué.

Normalement dans ce cas on prend le bateau, mais ce dernier était déjà rangé sur la remorque, attaché avec des sangles et rempli de matériel. Tout défaire et le remettre à l’eau n’était pas une option. Et c’est là que tout d’un coup on a eu une idée, pas très bonne d’ailleurs, mais une idée quand même.

Quelques jours auparavant le barragiste avait ramené une vieille barque coulée sur notre berge, une vraie épave qu’il avait déposé pas loin d’où on pêchait. J’ai demandé à Christophe s’il pouvait voir si la barque flottait encore et si nos rames s’adaptaient dessus.

Quelques minutes plus tard Christophe est arrivé avec la barque qu’il traînait derrière lui en bordure. Nous avons pris une épuisette et nous sommes montés dedans, moi avec ma canne devant sur le nez du bateau et Christophe au milieu pour ramer. Il avait pris une lampe frontale mais moi je n’en avais pas, alors que maintenant il faisait noir. Comme il avait les dos tourné vers moi pour ramer, j’avançais dans le noir absolu.

Le bateau avait du mal à avancer mais petit à petit nous nous sommes rapprochés de l’endroit où la carpe était bloquée. Quand j’ai eu le sentiment qu’on n’était plus très loin du poisson j’ai demandé à Christophe d’arrêter de ramer et de m’éclairer avec sa lampe. Il s’est retourné et là j’ai eu très peur ! En fait, non seulement le nez du bateau était au ras de la surface de l’eau mais en plus il y avait une fuite et le bateau, une simple coque en polyester, était en train de se remplir !

Du fait que nous portions des cuissardes nous n’avions pas senti que le bateau se remplissait doucement d’eau. Quelle connerie ! Ne faites jamais une chose pareille !

Conditionner les carpes, mais pas seulement…

Il y a eu un grand moment de panique. « Zut (ou un mot de ce genre), on est en train de couler ! » « Recule en arrière pour rééquilibrer le bateau » je hurlais à Christophe, « si jamais le nez pique dans l’eau on est foutu ! ».

Dans les minutes suivantes nous avons joué les équilibristes, au-dessus d’une carpe toujours bloquée au fond. J’ai plongé mon scion dans l’eau, il n’y avait pas beaucoup de profondeur, et j’ai senti quelque chose qui ressemblait à des branches en bois. Mais je n’arrivais pas à libérer le fil. On ne pouvait pas non plus rester trop longtemps là-bas car le bateau continuait à se remplir d’eau, doucement mais sûrement. J’ai donc décidé de tirer fort dans l’espoir que le fil coupe ou casse la branche, et cela a marché ! Tout à coup j’ai senti quelque chose céder et la carpe a commencé à monter.

Dans la lumière de notre seule lampe frontale nous l’avons vu monter en surface, avec un bout de branche pourrie dans le fil, et c’était bien une 20 kg+ ! La carpe n’aimait pas la lumière et a tenté de replonger plusieurs fois de suite, mais elle était à bout de force et Christophe n’a pas mis longtemps pour la choper avec l’épuisette.

J’ai quand même eu peur de la perdre dans ces derniers instants mais ce n’était pas fondé. La tête de ligne n’était même pas endommagée et vu comme le poisson était piqué il n’aurait jamais pu décrocher. Le retour vers la berge à la rame avec la carpe dans le filet à côté du bateau semblait durer une éternité, et il était temps qu’on arrive car vers la fin le bateau était à deux doigts de couler pour de bon. Avec ce dernier poisson et 10ème 20+ l’aiguille du peson s’est arrêtée à 21,5 kg. Nous avions complété le tableau, fini notre boulot, rempli notre mission !

Conditionner les carpes, mais pas seulement…
Une dernière 21,5 kg pour finir le boulot.., à l’aide d’une barque de fortune percée !

 

Nous ne sommes pas près d’oublier cette session qui, une fois de plus, nous a poussés à réfléchir et nous a incités à jouer sur plusieurs tableaux pour sortir notre épingle du jeu. Cette fois-ci les carpes ne venaient pas se nourrir sur la zone amorcée la journée.

Elles y venaient la nuit, mais la journée elles se retiraient derrière dans leur zone de tenue, loin au large et dans peu d’eau. C’était à nous d’aller les chercher à la bonne distance avec des cannes en spot et très peu d’amorces. Je suis sûr que le conditionnement sur la zone la nuit a largement contribué à notre succès la journée avec les cannes en spot qui pêchaient plus loin. La confiance vis-à-vis de nos appâts était bien installée, ce qui a permis à nos montages de marcher de façon optimale.

La preuve : 55 touches pour 55 poissons dans le cradle ! Que 9 des 10 poissons de plus de 20 kg ont été pris l’après-midi en spot ne m’étonne pas. L’activité alimentaire principale des carpes durant notre session avait clairement lieu durant la nuit, mais les grosses carpes mangent plus que les petites et sont par conséquent bien plus susceptibles de grignoter un peu la journée aussi.

Ainsi, avec la bonne approche, il est toujours possible de réaliser des pêches exceptionnelles en gros poissons la journée, même sur des lacs où tous les carpistes ne jurent que par la pêche de nuit…

-- ESPACE PARTENAIRE(S) --
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