Culture Carpe

VINTAGE PASSION – 4ème partie

MA PREMIÈRE SESSION VINTAGE

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Pêcher la carpe autrement !
Leon Hoogendijk

C’était un retour dans le passé à la fois imaginaire et réel, me donnant le sentiment de faire une coupure avec la routine devenant parfois trop fade à mon goût.

Oui, il est possible de se perdre dans l’espace sur un étang d’à peine 2 hectares, un lieu pittoresque, presqu’idyllique, où on perd la notion du temps, où on se met à rêver et où, en pêchant en mode « vintage » avec le vrai matériel de l’époque, la pêche atteint le summum de sa noblesse, devient poétique, devient un Art, avec en plus des combats super excitants à la clé !

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk

Ça fait plus de 20 minutes que je suis assis par terre et complètement concentré, mes yeux rivés sur l’antenne rouge d’un waggler. Le soleil commence à apparaître à l’horizon mais pour l’instant la fraîcheur règne.

En arrivant j’ai tout de suite vu qu’il y avait de la vie sur le spot que j’avais amorcé au maïs la veille au soir, dans peu d’eau à seulement quelques mètres de la berge. Des petites bulles qui montaient par-ci et par-là dans une eau ici bien plus troublée qu’ailleurs.

Sans doute le fait de poser mon flotteur et de jeter une petite poignée de maïs autour avait dérangé un peu, mais pas très longtemps car seulement quelques minutes plus tard des petites bulles et nuages de boue remontaient de nouveau juste derrière le flotteur.

Cela fait maintenant plusieurs fois que l’antenne dévie un peu vers la droite ou vers la gauche, je n’en peux plus, ma main est crispée autour d’une poignée en liège et mon cœur bat à 100 à l’heure !

Ça bouge là-dessous, je suis impatient, vas-y, je suis prêt ! Puis tout à coup l’antenne se lève, se couche presque puis commence à se promener tout doucement. J’attends encore une seconde pour que le fil se tende suffisamment puis je ferre avec un geste gracieux qui plie la canne jusqu’au pommeau du talon sur un poisson qui aussitôt explose de colère et m’arrache une bonne trentaine de mètres de fil. Wow, quelle sensation !

C’est vraiment génial !

Pêcher la carpe autrement ! Leon HoogendijkJ’adore la pêche de la carpe moderne avec un matériel conventionnel mais depuis quelque temps déjà j’étais d’une certaine façon en manque et je pensais de plus en plus souvent à comment je pêchais la carpe avant l’arrivée de la bouillette et le cheveu.

Il est vrai qu’avec une approche moderne conventionnelle cette pêche peut être très excitante par moment, mais quand cela fait déjà pas mal d’années qu’on pratique il y a aussi inévitablement des moments où on a l’impression de tomber dans une routine.

Une fois le poste amorcé et toutes les cannes en place le jeu d’attente (parfois long) commence, et le cœur ne s’emballe qu’au moment où (enfin) une touche se produit. Mais tant qu’il n’y a pas de touches on est le plus souvent enfermé dans une pêche d’attente purement statique.

Il y a pourtant moyen de pêcher la carpe autrement, de façon bien plus active, plus mobile et plus excitante aussi. Et là je ne parle pas de la pêche au feeder, non, il suffit tout simplement de faire un pas en arrière dans le temps et de repêcher la carpe comme on le faisait autrefois, mais avec l’avantage des connaissances que nous possédons aujourd’hui.

Cela faisait déjà un moment que David et moi en parlions. Plusieurs fois il m’avait proposé de venir passer quelques jours sur son lac pour courber mes vieilles cannes en bambou refendu sur de belles carpes, de les pêcher avec des appâts classiques de façon active avec des montages de fond ou au flotteur, et pendant qu’on y est, pourquoi ne pas essayer d’en prendre une ou deux au centrepin aussi ?!

Une première petite semaine « vintage » était programmée pour fin juillet mais quelques jours avant, mon dos avait lâché : sciatique aigüe à cause d’une hernie discale importante.

J’avais fait l’imbécile dans mon jardin en me croyant capable de creuser en deux jours un fossé de 150 m de long à la pelle ! J’ai payé très cher cette bêtise et il m’a fallu plusieurs semaines de repos avant de me ressentir capable de réattaquer la pêche en douceur, et pour « pêcher en douceur » la session vintage était tout à fait indiquée !

Celle-ci a finalement eu lieu début septembre 2014.

Il est vrai que les étangs tels que le Lac des Chênes se prêtent à merveille pour ce type de pêche où on va chercher les carpes à très courte distance et parfois même sous nos pieds.

Pour réussir une telle pêche le pêcheur doit se fondre dans la nature, se faire oublier complètement. Quand on pêche très près du bord dans une eau peu profonde le moindre geste brutal sur la berge peut faire fuir le poisson.

La pêche en mode « Richard Walker »

Avec deux superbes cannes MK IV équipées de bon vieux Mitchells posées sur des Heron et des petits cylindres en papier alu sur le fil (un Nylon de 0.25mm) glissés sur une tige je suis enfin en action de pêche. Bien que peu puissantes (1,5 lb) j’étais bluffé à quel point ces cannes en bambou refendu lançaient bien, un petit plomb de 35g me permet d’atteindre sans forcer une distance de 70m, mais ici ce n’est pas la peine de chercher les poissons si loin.

Nous n’attendons pas longtemps avant qu’un Heron s’allume et émet non pas des bips mais un son continu qui ressemble à celui d’un vieux klaxon de mobylette en fin de vie – j’adore ! Je saute sur la canne et ferre le premier d’une grande série de poissons que nous prendrons sur ces cannes durant cette semaine. D’abord j’ai un peu peur pour le matériel.

Il s’agit de cannes de collection très précieuses que je n’ai pas envie d’abîmer en forçant trop, mais très vite je comprends que ces cannes sont bien plus costaudes que je ne le pensais et encaissent sans broncher les plus violents des rushes, même avec un frein relativement serré.

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk

Bien sûr, il faut voir les choses dans le contexte. Ce ne sont pas des 3,5 livres et les combats durent plus longtemps, entre 10 et 20 minutes en moyenne, et sur un gros sujet parfois même une bonne demi-heure, voire plus, mais la canne plie jusqu’au pommeau et chaque combat est une expérience sublime !

Quant aux Mitchells 300, deux choses surprennent tout de suite : la douceur du frein « rassurante » et la lenteur de récupération qui donne un aspect « sportif » à chaque combat. Prendre des carpes quelle que soit leur taille sur des MK IV est un pur plaisir !

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk
Dans la peau de Richard Walker, avec sa canne, son moulinet, son état d’esprit…

L’un des plus beaux moments de la semaine s’est produit lorsque deux Herons ont klaxonné en même temps et que David et moi avons réalisé un doublé en combattant l’un à côté de l’autre, en jubilant à haute voix.

Dommage que personne n’était là pour filmer la scène… Un autre moment d’exception était la prise d’une carpe de près de 18 kg sur la MK IV, un poisson qui a livré un véritable combat de titan sur un poste heureusement bien dégagé.

Cette prise m’a fait prendre conscience à quel point la capture de Clarissa par Richard Walker en septembre 1952 était un exploit, et même un miracle, car son poste sur le fameux Redmire Pool était encombré d’herbes et de branches !

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk

 

Durant notre semaine vintage nous avons également pu tester une Hardy Richard Walker Carp en fibre de verre (10 pieds, 1,5 lb) équipée d’un ABU Cardinal 44, le top du top en 1970 ! En fait cette canne calquée sur le MK IV donne exactement les mêmes sensations tout en ayant un peu plus de réserve pour brider un peu plus en cas de besoin.

Tout comme les versions en bambou refendu avec des Mitchells 300, l’ensemble est étonnamment léger, ne pesant qu’un tiers d’une canne moderne 13 pieds avec un moulinet Big Pit dont l’inertie du poids réduit considérablement les sensations tactiles ! Sur ces anciennes cannes on sent bien mieux chaque mouvement du poisson.

Chaque coup de tête, chaque coup de queue est magnifiquement transmis par la poignée en liège, un pur régal !

La MK IV française !

J’avais emporté avec moi une canne Pezon & Michel Télébolic L5 de 1954 que j’avais récemment restaurée pour pouvoir l’utiliser pour la pêche de bordure au flotteur. Même si à l’origine cette canne en bambou refendu de 10 pieds de qualité exceptionnelle a été conçue pour pêcher le saumon et le brochet, j’avais remarqué que son action et sa puissance étaient assez proches de celles de la MK IV de Walker.

Je ne comprends même pas pourquoi dans la littérature carpe française on ne parle nulle part de cette canne dont je suis sûr que quelques pêcheurs de carpes ont dû les utiliser à l’époque. Eh oui, il s’agit bel et bien d’une MK IV française ! Pour l’occasion je l’avais équipé d’un moulinet de la même marque, un P&M Luxor Suprême.

Cet ensemble m’a permis de prendre plusieurs carpes en mode « stalking » au flotteur, et là encore les combats étaient géniaux et le plaisir procuré par le matériel était énorme.

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk
Une belle petite miroir prise au flotteur avec une canne et moulinet Pezon & Michel de 1954. En longueur, action et puissance la canne en question ressemble beaucoup à la MK IV de Richard Walker !

La carpe avec un « centrepin »

Autre défi de notre semaine : prendre quelques carpes au centrepin ! Un moulinet centrepin ressemble un peu à un grand moulinet mouche et est à l’origine conçu pour la pêche en dérive au flotteur sur les ruisseaux et les petites rivières.

En désengageant le cliquet la bobine tourne sans la moindre résistance ce qui permet de laisser dériver un flotteur à la même vitesse que le courant pour une présentation d’esche le plus naturelle possible. Aux USA, au Canada et en Angleterre ces moulinets sont le plus souvent utilisés pour pêcher la truite, et parfois aussi pour pêcher les perches, les gardons et les barbeaux.

Toutefois, depuis quelque temps ces moulinets sont également utilisés pour traquer des (petites) carpes au flotteur en étang, et en Angleterre et aux Pays Bas c’est même en train de devenir une grande mode que de plus en plus de pêcheurs découvrent et adorent.

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk

Lancer avec un centrepin est assez délicat. Il existe plusieurs techniques (allez voir sur YouTube) qui permettent de lancer des flotteurs à des distance jusqu’à 30 mètres environ, mais pour les maîtriser il faut quand même quelques heures d’entraînement (sur un pré par exemple). Sinon, pour la pêche de bordure il suffit de « poser » la ligne, pas besoin de lancer.

Prendre des carpes au centrepin est une pêche à l’état pur. Avec un moulinet au ratio 1:1 sans frein et rempli de Nylon 0.25mm les combats sont ultra-sportifs. Monté sur une canne centrepin moderne de 12 pieds 1,5 lb on a l’impression de livrer un combat à armes égales. Le freinage se fait avec le pouce qui appuie sur la lèvre de la bobine.

Sur un poste bien dégagé en étang il est possible de prendre des carpes jusqu’à une dizaine de kg (mais le combat risque de durer très longtemps !), et déjà un poisson de 3 ou 4 kg nous donne du fil à retordre. En fait l’idéal est de pêcher des étangs ou carpodromes bien peuplés en carpes de 1 à 5 kg.

Lors de notre session sur le Lac des Chênes nous avons réussi à prendre plusieurs petites carpes au centrepin, une expérience inoubliable, et nous avons également perdu deux sujets plus grands pour lesquels le matériel n’était pas adéquat.

Deux centrepins sous la loupe

Lors de notre semaine j’ai pu tester deux centrepins, un Y W Young Bob James Y2080 et un Okuma Sheffield S 1002. Le premier est vendu en Angleterre pour environ 350 €, le deuxième en France autour de 250 €.

Bien que le Y W Young se présente comme un produit de luxe avec une finition « roue à rayons » plus traditionnelle, l’Okuma au look plus moderne est incontestablement de conception plus solide et rigide (bâti et bobine monobloc aluminium usiné), et donc plus adapté pour des combats en force ; combattre un poisson de 10 kg voire un peu plus avec ne me fera pas peur, alors qu’avec le Y W Young j’ai un sérieux doute…

Ce dernier offre toutefois l’avantage d’un micro-frein (absent sur l’Okuma, mais inutile pour pêcher la carpe) et un démontage de bobine instantané, alors qu’avec l’Okuma la bobine est gardée en place par une visse qui au bord de l’eau se perd facilement dans l’herbe – faites attention !

Le démontage de la bobine est nécessaire pour le nettoyage de la mécanique du cliquet après chaque sortie, mais aussi si par accident le fil passe derrière la bobine, ce qui peut arriver occasionnellement. Donc ce côté-là le Y W Young est un peu plus pratique.

En revanche la lèvre de la bobine de l’Okuma est bien plus large que celle du Young, et inclinée sous un angle qui augmente considérablement le confort et l’efficacité du freinage avec le pouce. C’est donc un vrai centrepin pour gros poissons ! Je trouve aussi que sur le Y W Young le levier du cliquet est maladroitement positionné à l’avant droit en haut, sous la poignée de la canne.

Il arrive alors régulièrement d’engager ou de désengager le cliquet accidentellement, alors qu’avec l’Okuma équipé d’un bouton tournant sur le flanc droit ce problème n’existe pas. Si je devais choisir entre les deux, pour pêcher la carpe, ce serait sans la moindre hésitation l’Okuma que je prendrais.

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk
À gauche l’Okuma Sheffield S 1002, à droite le Y W Young Bob James Y2080.

Bouillettes vs appâts classiques

Pour notre session nous avons utilisé aussi bien des (petites) bouillettes que des appâts classiques. Tous ont produit des carpes mais très vite nous nous sommes rendu compte que pour la pêche active/mobile au flotteur la pomme de terre cuite était imbattable !

À la bouillette aucune touche ne s’est produite dans les premières 20 minutes de pêche, au maïs il fallait souvent attendre entre 10 et 15 minutes alors qu’à la pomme de terre plusieurs touches se sont produites dès la première minute de pêche !!! A méditer !

En tant qu’enfant et adolescent je pêchais souvent à la pomme de terre, j’ai pris des centaines de carpes avec et je me rappelle même que c’était le meilleur appât d’hiver, aussi bizarre que cela puisse paraître car dans une eau froide la pomme de terre cuite devient dure et ne sent plus rien !

Je pense que sur certains plans d’eau où à cause de la surpêche (à la bouillette) les carpes sont devenues dures à prendre il est tout à fait possible de cartonner à la pomme de terre, mais en pêchant les carpes activement et de façon mobile en bordure (au flotteur ou au posé).

Pour la pêche statique d’attente la pomme de terre cuite est trop fragile et pas sélective, mais pourquoi ne pas essayer de réaliser des bouillettes avec des flocons de pomme de terre ? Bien des pistes restent à exploiter !

Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk
Un poisson de cette taille sur bambou = combat de titan !!!
Pêcher la carpe autrement ! Leon Hoogendijk
Sur une canne 10 pieds 1,5 lb en fibre de verre, c’est super sympa aussi !

Conclusion

Cette semaine de pêche était super cool ! Voici comment cela s’est déroulé : pas de pêche de nuit (à quoi ça sert si on prend plein de carpes la journée ?), café avec petit déjeuner à 7h00 et amorçage d’un poste principal pour plusieurs cannes, de 8h00 à 10h30 pêche mobile au flotteur sur un multitude de postes autour du lac, de 10h30 à 16h00 pêche statique sur le poste principal (avec déjeuner à midi), de 16h00 à 18h00 pêche mobile au flotteur et de 18h00 à 20h00 retour sur le poste principal pour une pêche statique.., et à partir de 20h00 barbecue puis un grand dodo pour être en forme le lendemain !

Tout ça sur un lac où on est les seuls deux pêcheurs, du pur bonheur !

Quand on pêche en mode « light » comme ça la taille des carpes n’a plus aucune importance. Petites, moyennes ou grosses, elles sont toutes les bienvenues et c’est surtout la façon de les pêcher et de les combattre qui nous intéresse.

Nous nous sommes tellement éclatés que nous avons décidé de refaire une session vintage de temps en temps, au moins une fois par an…

Cette expérience nous a une fois de plus ouvert les yeux sur le fait que pêcher les carpes de façon mobile en bordure peut être terriblement efficace, chose trop souvent oubliée ou ignorée par ceux qui pêchent de façon statique et se contentent d’attendre que les poissons arrivent sur l’amorce.

Il faut savoir qu’aux Pays Bas la pêche de la carpe au flotteur est très populaire et régulièrement pratiqué par des milliers de carpistes. Il y en a même qui en ont fait une spécialité à part entière et qui réussissent à faire des cartons de gros poissons en pêchant comme ça.

Il faut dire aussi que même une heure de pêche avant ou après le boulot peut suffire pour prendre une belle carpe, et avec une canne au flotteur on est opérationnel en moins d’une minute !

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