Techniques & Stratégies

Plongez dans une autre dimension

Augustin Care

-- ESPACE PARTENAIRE(S) --
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Ce que l’expérience apporte au carpiste c’est, selon moi, une meilleure compréhension du milieu qu’il tente de s’approprier : le milieu subaquatique. A force d’attraper du poisson, on comprend ses déplacements, son comportement, ses habitudes.

C’est parfois au prix de plusieurs capots que l’on parvient enfin à déchiffrer le fonctionnement de notre terrain de jeu. Pour gagner du temps et éviter les pêches peu fructueuses, j’ai fait le choix de m’introduire directement dans ce milieu, pour le voir de mes propres yeux…

La plongée est une arme redoutable dans notre passion, et nous devrions être bien plus nombreux à la pratiquer. Avec un équipement basique et en respectant certaines règles, on trouve très facilement et en sécurité où la nourriture naturelle se trouve, où sont les zones de tenues et plein d’autres indices pour notre pêche.

Au travers de cet article, je souhaite vous plonger dans cette nouvelle dimension de la pêche à la carpe.

Plongez dans une autre dimension
Une pépite de Cassien prise moins de 30 min après avoir plongé pour déposer le montage dans 4m d’eau.

Prendre des précautions

Premier point qui est sûrement le plus important : rassurez-vous, la plongée n’est pas dangereuse si elle est réalisée dans les bonnes conditions, mais elle peut le devenir en cas d’abus. Différents points doivent être abordés avant de se mettre à l’eau.

Ne vous mettez pas à l’eau lorsque la météo ne le permet pas : orage, nuit, fort courant, pluie torrentielle, froid trop important, canicule etc. Evitez de plonger lorsque vous pêcher seul. Ensuite, plongez toujours avec une lame.

C’est bien triste de retrouver au fond de l’eau, et ce assez régulièrement, des kilomètres de bobines qui forment de véritables toiles d’araignées et qui pourraient, en cas d’emmêlement, vous retenir au fond de l’eau.

Soyez conscients de vos limites, nous ne pouvons pas nager aussi longtemps que nous en avons l’habitude après une nuit hachée au bord de l’eau, donc moins récupératrice. Il en est de même pour l’apnée avec laquelle il ne faut pas jouer… Si vous respectez ces règles, il n’y a rien à craindre et tout à gagner !

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La ceinture de plombs, réglez-la de façon à léviter dans l’eau, ne coulez ni ne flottez pas pour pouvoir déposer sans difficulté les montages et observer les postes sans efforts.

En action

Après ces mises en gardes impératives, passons à la pêche. Nous possédons déjà un grand nombre d’armes lorsqu’il s’agit de sortir notre cyprinidé préféré, la plongée est l’une d’entre elles. Comme toute arme, il faut savoir quand il est le plus pertinent de l’utiliser et quand elle est contre-productive.

Mise à part pour des pêche ultra-rapides et très discrètes, la plongée s’utilise partout lorsque l’eau est suffisamment translucide. Par où commencer ? Quête de hot spots, thermocline, amorçage, dépose des montages : les horizons sont nombreux. Il n’y a rien de plus relaxant que de savoir que ses montages sont parfaitement positionnés sur un poste qui semble idéal avec un amorçage réalisé sur-mesure. Il est aussi très rassurant de plonger au milieu de plusieurs carpes au moment de déposer son montage.

Ces sensations sont le quotidien du carpiste qui a fait le choix de plonger pour réaliser sa pêche. Je vais à présent vous décrire le déroulement de la mise en place d’une pêche à l’aide de la plongée.

Après avoir repéré des poissons depuis la berge, des postes susceptibles d’être intéressants ou autres indices d’une bonne pêche, je m’équipe. Suivant la température de l’eau, j’enfile ou non une combinaison de plongée, des gants, un masque, une ceinture de plombs, des palmes et un porte-couteau sur la cuisse. Je pars ensuite en quête de postes à la nage. Je recherche les carpes, des herbiers, cassants, hauts fonds, éboulis, groupe d’écrevisses, carnassiers, bancs de poissons blancs etc.

Après une demi-douzaine d’apnées, il est utile de reprendre son souffle sur le bord afin de pouvoir réaliser à nouveau des apnées longues. Une fois que j’ai sélectionné mes postes, je prends des repères visuels pour les retrouver de jour, de nuit, dans l’eau et hors de l’eau.

Je retourne au rod-pod pour m’assurer que ces postes sont accessibles sans me mettre à l’eau (pour une éventuelle pêche de nuit par exemple). Il ne reste plus qu’à desserrer le frein et partir avec le montage et un sceau d’amorçage à la nage en direction du poste.

Plongez dans une autre dimension
L’usage de palmes fait de grandes différences lorsqu’il s’agit d’aller profond en économisant de l’énergie.

Respecter les étapes

Une fois sur le poste, il faut commencer par déposer son montage et non amorcer, le risque étant de ne plus le retrouver au milieu de l’amorçage une fois posé. Il m’est arrivé de vouloir déplacer mon montage légèrement et de ne plus le retrouver au fond de l’eau au milieu d’un tas de graines et de devoir nager jusqu’à la berge, rembobiner et tout recommencer. Une fois les montages posés, j’aime bien étaler à la fronde ou au cobra un peu d’appâts autour du poste car on a tendance à trop regrouper lorsque l’on est dans l’eau.

Voici le scénario classique d’un début de pêche, que ce soit pour une demi-journée ou pour une semaine. Vous me direz, avec un bateau et un sondeur, on peut réaliser le même travail. Ceci n’est ni vrai, ni faux. On peut effectivement amorcer et poser le montage en bateau en étant sûr à 99% que ce dernier est pêchant. La plongée fournit le dernier 1% qui parfois fait la différence…

Aucune chance que l’hameçon soit piqué dans l’unique feuille morte du spot, que le bas de ligne soit décollé du fond à cause d’une brindille.

Plongez dans une autre dimension
Même pour une pêche de journée uniquement dans un lieu aussi particulier, plonger fait de grosses différences !

Une mine d’informations

Lorsque je vais laisser mon montage pêchant pendant une journée ou plus sans y toucher, je réalise toujours la dépose en plongeant. De cette façon-là, plus de doute, je suis pêchant sur toutes mes cannes. Poser les montages est intéressant, les récupérer l’est tout autant.

Aller voir si le coup a été nettoyé est riche en informations concernant votre choix de poste, d’appâts etc. On voit alors si les carpes ont visité le coup et si elles ont tout nettoyé sauf votre montage (dans ce cas, il faut revoir le camouflage ou la mécanique de ce dernier). On peut aussi constater dans certains cas que seules certaines billes ont été attaquées et pas d’autres ou que seule la partie droite ou gauche du spot a été nettoyée.

Ces informations sont d’une grande valeur en matière d’apprentissage et nous permettent d’être encore plus performant lors des sorties à venir. A force de pêcher un plan d’eau, on finit par bien connaître ses rives, ses hauts fonds, ses obstacles et autres caractéristiques.

On sait aussi où sont les poissons suivant la météo ou la pression de pêche. On acquiert un certain “sens de l’eau” que nous appliquons en terrain inconnu et qui nous permet de prendre du poisson sans avoir à tout réapprendre. Le même mécanisme s’applique sous l’eau mais avec des résultats démultipliés. On découvre que telle herbe est visitée par les carpes, telle autre beaucoup moins… Que certains rochers peuvent accueillir des écrevisses et attirer des carpes alors que d’autres non…

Un simple poisson d’eau douce !

Ce qui m’a le plus marqué, c’est de comprendre la place exacte de la carpe dans l’écosystème subaquatique. Je vais vous résumer cela brièvement. J’ai toujours vu la carpe comme une sorte de fantôme, vivant dans des coins reculés des plans d’eau et rivières, se rapprochant de la nourriture naturelle au moment de manger et errant le reste du temps. J’ai découvert que la carpe n’est autre qu’un gros gardon.

Si vous trouvez les gardons, les perches, les brochets, vous trouvez les carpes. Nous avons tendance à mystifier ce poisson car c’est lui que nous voulons et qui nous boude, mais il n’a rien de différent d’un vulgaire rotengle. A l’exception de son côté craintif, ce poisson se comporte comme tout autre poisson et donc finalement, trouver les gardons, c’est trouver les carpes !

Plongez dans une autre dimension
Peut-on pêcher sous cet arbre ? En plongeant, je me suis aperçu que les branches s’arrêtent 50cm sous l’eau donc aucun souci !

Une expérience unique !

J’ai évoqué précédemment le “sens de l’eau”, en plongeant, vous développez un sens de l’eau subaquatique qui complète celui de la surface et vous permet d’être plus efficace et d’avoir de meilleurs résultats. Vous voyez donc que la plongée est un atout redoutable qui fait sincèrement la différence surtout dans des lieux compliqués. Avec peu de matériel et un peu d’énergie, on parvient à tirer son épingle du jeu et sortir du fish lorsque les détecteurs des autres carpistes restent muets.

Je maintiens ma mise en garde quant aux risques que cette pratique peut engendrer mais en restant raisonnable (c’est comme tout), il n’y a rien à craindre. Enfin, y a-t-il de meilleures sensations que de se retrouver flottant entre deux eaux, au milieu d’un banc de carpes d’une quinzaine de kilos qui vous prennent pour leur semblable dans le lac du Salagou ?

De se retrouver dans un banc d’alevins de plusieurs mètres cubes qui se fend lorsque vous le traversez tel un requin qui chasse dans un banc de sardines ? Ou encore de s’allonger au fond de l’eau aux côtés d’un silure de plus de 2m qui ronfle tranquillement ?

Ces expériences ne sont pas exceptionnelles pour le carpiste-plongeur et donc en plus de sortir plus de poisson, il vit ces moments extraordinaires : n’est-ce pas là l’essence même de notre passion ? Osez et vous serez récompensés…

Plongez dans une autre dimension
Cette jolie miroir a été prise sous un arbre trempant dans l’eau, impossible d’y aller en bateau amorceur où autre, la plongée est le seul outil pour pêcher ce poste.
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