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Orellana | Joyau d’Extremadura (1ère partie)

Hubert Lachize

-- ESPACE PARTENAIRE(S) --
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Il est des destinations qui nous trottent dans la tête pendant de nombreuses années, et qui resteront à l’état de rêve. La vie continue, et parfois il suffit d’un petit coup de pouce pour que l’on passe du rêve à la réalité.

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz

Il m’a fallu 30 ans de pêche en Espagne, pour arriver sur les berges de ce lac, préférant largement les grandes étendues d’eau moins convoitées, mais en 2017, j’ai fini par craquer à cause d’un simple appel téléphonique.

Dans cette première partie de l’article, je vais vous dresser un petit état des lieux, et ceci jusqu’à l’arrivée sur le lac.

Magique et diabolique !

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
La joie de partir en session !

L’Espagne possède de nombreux lacs, tous plus grands les uns que les autres, mais si un doit être élevé au rang de « joyaux », c’est bien Orellana. Ce lac d’Extremadura, offre à celui qui s’invite le long de ses berges, le sentiment d’être dans un autre monde.

Le gigantisme de ce lac, ses eaux cristallines et les perles qu’il recèle font rêver, mais cette destination reste malgré tout un challenge difficile si l’on ne prend pas un maximum d’infos. Beaucoup de vidéos tournent sur « YouTube » avec la prise de poissons de fou lors de sessions, mais ne partez pas la fleur au fusil, car vous risquez de tomber de haut. Certes, il y a beaucoup de carpes, beaucoup de belles carpes et beaucoup de très belles carpes à Orellana ; mais dans plus de 5000 hectares, vous pouvez facilement être où elles ne sont jamais !

Les postes qui « puent » le poisson, sentent généralement autre chose ! Quand on en trouve un : la première question à se poser est « Pourquoi est-il libre ».

Si vous arrivez sur site en milieu de semaine pendant la haute saison de pêche, vous pouvez facilement vous dire « un lac pareil, et pas un pêcheur… ce n’est pas possible ! », vous allez vite changer d’avis, à partir du jeudi soir, Les campements poussent comme des champignons. Ils poussent à un tel point, que si vous êtes sur une zone propice, il vous sera très difficile de garder de la distance entre vous et… le reste de l’Espagne !

Les zones de pêche de nuit sont prises d’assaut, puis une fois qu’il n’y a plus de place, les nouveaux arrivants s’éparpillent sur les pointes et dans les baies environnantes. Le lundi suivant vous êtes de nouveau seul au monde !

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
Au réveil, un bonheur de voir cela…

 

Une chose est sure, chaque fois que je suis allé à la pêche en Espagne, j’ai fait de très belles rencontres. Les pêcheurs espagnols aiment le contact et n’ont aucune réticence à ce qu’un autre campement soit monté proche du leur. Ils aiment parler, n’ont aucune hésitation à vous expliquer toutes les facettes de leur pêche ; et en retour, si vous vous comportez de la sorte, vous aurez gagné des amis et allez passer des moments inoubliables. Pour ceux qui croient que la langue est une barrière, vous serez surpris du contraire.

Vos papiers, SVP !

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Le soleil après la tempête…

Je vous conseille de ne pas faire comme nous, pour une session à Orellana, c’est-à-dire de s’y prendre un peu au dernier moment. Je vous rappelle que le lac fait plus de 5000 hectares et que la mobilité sur de telle étendue est impossible sans bateau et moteur thermique.

Seulement pour pouvoir naviguer avec une embarcation de plus de 2,50m avec moteur thermique, il faut une immatriculation qui prend des mois pour être validée (cela à l’air d’être un peu plus facile aujourd’hui). Seuls les bateaux inférieurs à 2,50m avec rames ou moteur électrique sont exemptés d’immatriculation. Les immatriculations se font par Internet, mais aussi par des guides de pêche sur place qui moyennant finance le font à votre place.

Il semblerait que maintenant, lorsque la demande est faite, dans la plupart des cas, la simple copie de la demande peut faire l’affaire lors d’un contrôle, au cas où vous n’auriez pas reçu l’original avant de partir. Nous ne le savions pas à l’époque de notre aventure.

N’ayant donc pas eus le temps de le faire, nous sommes partis avec seulement 2 pneumatiques de 2,30m, juste pour permettre de faire le strict minimum en action de pêche : sondage, déposent des montages et combats. Cependant, nous étions malgré tout très vite limités, dès que le vent devenait fort, et surtout pour nous, aucun déplacement n’était possible sans notre véhicule.

Pour les licences de pêche, les prendre sur place est une vraie galère et une perte de temps si vous arrivez un samedi et que les « ajutamentos » n’ouvrent que le lundi après-midi (comme la plupart du temps en basse saison) et quelques fois, il faut aller payer à la banque et revenir récupérer la licence avec le relevé bancaire. Vous pouvez aussi le faire chez les détaillants locaux qui peuvent vous rendre ce service.

Le mieux reste de les acheter par Internet sur des sites dédiés et ainsi vous pourrez au choix la recevoir par courrier ou par mail, fax, etc. Comptez une dizaine de jours au maximum. Pour cela, il vous suffit d’aller sur le moteur de recherche Google et de taper « comprar licencia de pesca » et vous aurez le choix des sites.

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On a fait comme les carpes !

Respectons les règles !

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Tout est plus beau vu d’en haut !

En Espagne, les règles ont changé, s’il y a 30 ans, on pouvait aller n’importe où, n’importe quand, et surtout n’importe comment, maintenant il faut se calmer. La législation a évolué à un point parfois difficile à concevoir.

Lorsque l’on se plaint de la réglementation pêche en France, force est de constater que nous pleurons pour pas grand-chose ! Côté pêche de nuit, l’Espagne avance doucement, et même si parfois les zones de nuit sont relativement grandes, elles restent insignifiantes vu la taille des lacs.

Pour ce qui est de la pêche « hors zone de nuit » à Orellana, elle est pratiquée par de nombreux carpistes locaux et étrangers… Chacun prend les risques qu’il souhaite prendre. Ne pas vous fier aux vidéos des marques connues, qui ont eu le concours de personne du cru et avec des autorisations particulières, et si vous passez par des « tour-operators », ils doivent avoir des autorisations, et comme ils amorcent les postes à l’avance, aucun ne peut être actif sur les parcours de nuit.

C’est peut-être pour cela que le hors zone est très peu contrôlé, contrairement au secteur de nuit qui l’est systématiquement chaque semaine. Néanmoins, beaucoup d’amis ont tenté cela et n’ont eu aucun problème. Sachez quand même qu’au printemps, les lacs d’Extremadura subissent l’assaut de braconniers de pays de l’Est.

En cette période, la « Guardia » est aux aguets, avec le concours d’un hélicoptère avec caméra thermique et infrarouge. Nous avons eu l’honneur de l’avoir en stationnaire au-dessus de notre campement, mais surtout de le voir passer en surveillance pendant toute la session.

Il n’est pas possible de se cacher sur les berges du lac ! Donc restez sobre côté matos ! Evitez une session « hors secteur » avec 5 potes et le campement qui va avec, ou alors préparez aussi un héliport en bordure de votre poste.

La pêche en « Zona Libre », c’est-à-dire en secteur de pêche de nuit autorisée, n’est pas de tout repos non plus, surtout si vous tombez mal côté garderie. Le camping sauvage est interdit dans toute l’Espagne et chose encore plus rare, même sur les parcours de pêche de nuit sur le lac.

Les contrôles sont effectués par deux services de garderie. La « Guardia Civil » qui ne vous posera aucun problème si vous avez votre licence de pêche, ils sont très sympas ! Cependant, les gardes de la « SeProNa » (Servicio de Protección de la Naturaleza) sont moins souriants et vous mettent une amende au moindre truc qui dépasse, côté écologie.

Pour l’avoir vécu, le grand classique étant le tapis de sol et le bedchair non replié, mais pas seulement, gare aux batteries de voiture dans les bateaux, seules les batteries « gel marine » leur conviennent. A la moindre erreur, ils prennent votre Carte d’identité et votre licence de pêche en photo.

J’ai eu la joie de participer à la fête, avec une amende de 90€, que j’ai reçue 9 mois plus tard, chez moi et en recommandé avec accusé de réception, rien que ça ! Le motif : camping sauvage sur le secteur de pêche de nuit… Véridique ! Ensuite, à vous de voir si vous la payez ou pas !

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Elles sont des millions sous la surface !!!

 

Vous préférez vous limiter, pas moi !

Nous sommes en février 2017, en pleins préparatifs pour cette aventure, et comme nous partons pour 19 jours, voyage compris, un des points très importants, était d’être autonome cotés appâts. Mieux vaut en ramener, que d’être à court.

Dans les années 90 avec des amis, lors d’une même session sur les lacs de « Buendia et « Entrepenas » près de Madrid, appelés « Mer de Castille », nous avions perdu cette autonomie, au bout d’une semaine, après s’être fait littéralement piller notre stock d’appât en voulant maintenir les bancs de poissons sur nos postes.

Ensuite sur place, il avait été très laborieux de trouver de quoi pêcher correctement et en quantité, et s’en est suivi une énorme perte de temps et d’argent. Dont acte !

Le ciblage des appâts à emporter est important, mais il faut surtout éviter d’être restrictif. Dire, je ne pars qu’avec une seule sorte d’appâts est suicidaire. Mais dans le cas contraire, le poids augmente très vite. Finalement, nous partirons donc avec 100kg de noix tigrée, 40kg de graines à oiseaux, 20kg de chènevis et 50kg de bouillettes.

Rappelez-vous… 17 jours de pêche à 2 ! Vous pensez tous qu’on est complètement malade d’en prendre autant ! Alors je vais vous expliquer, et vous allez vite comprendre. Première chose, les micro-graines (graines à oiseaux et chènevis), là pour le côté attractif d’un amorçage, sont consommées par de nombreuses espèces de poissons. On peut donc considérer que leur durée de vie au fond de l’eau est très limitée. Ok, mais pour les noix tigrées, les gars, vous exagérez ! Sans déconner, 100kg !

Vous trouvez qu’on a vu un peu trop grand. Bon, on va faire le calcul rapidement. Cent kilos sèches, donc 120kg de particules trempées, le tout divisé par 2 pêcheurs, 3 cannes par pêcheur, et 17 jours de pêche… Alors, ça fait combien tout ça ? Vous avez déjà fait le calcul, hein ! Hé, oui, seulement 1kg de « tiger » par canne, par jour.

Je pense qu’on va s’arrêter là pour les calculs. Sans compter quelques kilos de pellets, les pop-ups, une poignée de maïs, etc. Il est clair que tous les appâts ne serviront pas, c’est pour cela que l’on emmène un peu de tout, pour pallier les refus des carpes envers un appât précis.

Vous préférez vous limiter, au risque de passer 18 jours sans un « bip », à 1600km de la maison, et bien pas moi. Alors certes, vous pouvez faire comme les grands baroudeurs connus, et ne prendre que le minimum que ce soit en matos comme en appât, filtrer l’eau du lac et manger des baies… Mais là, vous avez intérêt à avoir l’habitude de cela, parce que sinon, le pétage de plombs va arriver plus vite que prévu, surtout si la météo est contre vous. Alors on continue à suivre le plan, ok !

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
Refermez bien les accès, merci !

De plus, il faut remettre les bons mots en face des bonnes questions. Il faut comprendre que depuis des décennies, on se focalise sur le poids de l’amorçage, et en fait il faudrait peut-être plutôt ramener cela au volume.

Car lorsque l’on mange, c’est pour remplir un volume, en l’occurrence pour nous, l’estomac ; que la masse volumique de l’ingrédient ingéré soit forte ou faible, on aura avalé le même volume.

Là où il faut faire très attention, c’est lorsque les graines choisies ont un pouvoir de gonflement énorme lors de la réhydratation, il faut amorcer en volume potentiellement consommable.

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Va falloir être rapide !

Une fois sur place, on fait comment !

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
Visualisation rapide du poste par drone
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En plein soleil….

Une première ébauche doit être faite avant le départ, à l’aide de « Google Earth », car vu la taille du lac, cela reste hasardeux de prendre une décision une fois sur place. Les chiffres sont souvent très parlants, même si cela reste approximatif : la superficie du lac est de 5100 hectares, il fait 35km de long d’Est en Ouest, l’aspect très découpé du lac fait qu’il est difficile d’en mesurer la longueur de ses berges, cependant elles dépassent les 200km. Il y a très peu d’accès carrossables sans 4×4, et surtout sachez que la plupart des accès possibles aux berges, sont privés.

Bien que privés, ils sont juste fermés par de simples cordes ou chaînes, que vous devez impérativement refermer derrière vous, car tous les élevages de moutons, cochons et bovins sont en semi-liberté autour du lac.

Sur les chemins, il n’est pas rare de passer au travers de troupeaux de taureaux ou de les avoir en compagnie près de votre campement, cela rajoute une touche exotique à votre voyage.

Si vous êtes quand même persuadé de pouvoir cibler un poste en flânant sur les berges du lac, cela risque de vous prendre du temps. De même, que si vous cherchez les signes de la présence de carpes – sauts, marsouinages, etc. – ils sont très peu visibles, voire inexistant, presque à la limite de croire qu’il n’y a aucune vie dans le lac.

La tendance est de dire qu’à Orellana, les carpes mordent surtout la nuit, mais cela dépend surtout des secteurs. En effet, c’est le cas sur la zone de nuit, car elle est tellement occupée pendant les weekends par un nombre conséquent de carpistes de toutes nationalités, que la méfiance des poissons est beaucoup plus présente ici qu’ailleurs sur le lac. Les principales causes sont : le bruit ! Les carpistes espagnols aiment bien se retrouver et faire de grands campements très conviviaux jusqu’au bout de la nuit.

La quantité d’embarcations qui sillonnent les spots, que ce soit les carpistes eux-mêmes ou les Bass Boat des « tour-operators » qui arrivent dès le matin et qui se succède sur le spot, surtout si vous avez la chance que le vôtre soit prometteur pour les carnassiers, ceci pour l’avoir vécu pendant 7 jours sur une de mes cannes ; cependant, restez courtois ! Rappeler-vous que le lac ne vous appartient pas, qu’ils ne font que leur travail, et un petit « salut » de la main permet souvent de limiter les dégâts.

Mais une des causes principales est certainement la limpidité de l’eau. Fin avril, la visibilité de nos montages était à 6 mètres, en plein soleil et sans vent, c’est vous dire si l’eau est claire. Ce qui fait que toutes les faibles profondeurs inférieures à ces 6 mètres, sont éclairées en permanence toute la journée, et croyez-moi, les rayons du soleil illuminent bien plus profondément que ce que nos yeux nous permettent de le voir vraiment.

Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
On est bien seul sur cette pointe !
Orellana Joyau d’Extremadura | Hubert Lachiz
Vue aérienne à 500m d’altitude !

Donc si vous voulez prendre des poissons la journée, il faut soit pêcher profond et à grande distance de votre poste. Pour augmenter les chances, s’il y a beaucoup de vent, et qu’en plus une dépression météorologique approche, ça sent bon le poisson ! Mais si cela ne suffit pas, il faut alors pêcher des zones très peu visité par les pêcheurs, mais potentiel par les carpes ; même si vous le pensez, je ne l’ai pas dit. Pigé !

En revanche, il y a un paramètre qu’il faut vraiment maîtriser, plus à certaines périodes qu’à d’autres, mais qui reste primordial, on verra cela dans la seconde partie de l’article. Pour l’instant, il va falloir réfléchir à tout cela avant de partir et ensuite, charger le véhicule et se farcir les 1500 à 2000km de la maison jusqu’à Orellana. A bientôt, on se retrouve sur place !

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Si loin de chez soi, elles sont toutes magnifiques !

 

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