Culture Carpe

LE DETECTEUR DE TOUCHES ELECTRONIQUE

VINTAGE PASSION - 3ème partie

-- ESPACE PARTENAIRE(S) --
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Dossier réalisé par Leon Hoogendijk

Bien que je puisse très bien m’imaginer qu’aux quatre coins du monde certains bricoleurs inventifs avaient déjà expérimenté des indicateurs de touches électroniques, c’est en Angleterre, le pays où a germé la pêche moderne de la carpe telle que nous la connaissons aujourd’hui, que les premiers indicateurs de touche commerciaux sont apparus.

Le premier indicateur électronique décrit dans la presse halieutique outre-manche est un système conçu par Maurice Ingham, membre du fameux Carp Catcher Club qui pêchait à Redmire Pool. C’était dans un article paru en octobre 1949 dans le Fishing Gazette.

LE DETECTEUR DE TOUCHES ELECTRONIQUE
L’un des avertisseurs de touches électroniques inventés par Maurice Ingham. Il s’agit de sa deuxième création incorporant une sonnette.

Il s’agissait d’un système comportant une torche fixée à l’envers sur le talon de la canne, raccordée aux câbles branchés sur des contacts fixés sur le corps d’un moulinet centerpin. Une pièce de métal conducteur était montée sur le tambour.

Lorsqu’un poisson tirait sur la ligne le tambour tournait et à chaque fois que la pièce conductrice reliait les deux contacts la torche s’allumait. Lors d’une touche en continue la torche se mettait donc à flasher, et plus le départ était rapide, plus vite ça flashait. C’était un système très simple mais efficace !

De multiples avantages !

L’idée de concevoir un avertisseur lumineux et surtout sonore est née de plusieurs besoins utiles. Vers la fin des années 40 le matériel, les techniques et appâts utilisés pour pêcher la carpe étaient extrêmement basiques et peu efficaces comparé aux techniques et appâts d’aujourd’hui. Les pêcheurs n’avaient en réalité que peu de connaissance sur le comportement réel des carpes qui demeuraient des poissons très mystérieux.

Résultat : pour espérer capturer une carpe il fallait s’armer d’une énorme dose de patience, c’était un pur jeu d’attente…une attente souvent très longue… Il y avait aussi des idées reçues, par exemple la carpe était considérée comme un poisson à activité principalement nocturne.

Avant l’arrivée des avertisseurs de touches il fallait rester concentré en permanence, les yeux fixés sur l’antenne d’un bouchon, sur la ligne ou sur un indicateur visuel pendu dans la ligne pour ne pas rater une touche le jour où celle-ci se produit. Et sachant que parfois les touches d’une saison de pêche se comptaient sur les doigts d’une seule main vous pouvez imaginer la difficulté de la tâche ! Comment ne pas s’endormir lors des longues phases d’attente ?

A l’époque on savait déjà qu’il était important d’observer l’eau pour repérer des signes de présence de carpes afin de les localiser. Mais il était difficile voire impossible de se concentrer sur sa ligne et en même temps scruter la surface de l’eau partout autour. Pêcher avec deux cannes en même temps était risqué aussi, à moins de les placer pile l’une à côté de l’autre et de pêcher avec des indicateurs visuels pendus dans la ligne entre le moulinet et l’anneau de départ. Ceci dit, par précaution la plupart des pêcheurs de carpes ne pêchaient qu’avec une seule canne.

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Schéma du détecteur à antenne inventé par Richard Walker au début des années 50. Le Heron, commercialisé en 1957 (en photo au début de cet article), a été directement inspiré de ce prototype.

L’invention de l’avertisseur électronique et surtout en version sonore a révolutionné cette pêche et ouvert de nouvelles portes. Elle a permis aux pêcheurs de décrocher les yeux des cannes et d’observer l’eau partout. Elle a aussi permis de pêcher en toute tranquillité avec plusieurs cannes, même espacées les unes des autres, et de se reposer de temps en temps. Bref, l’indicateur de touche électronique a permis de pêcher la carpe bien plus efficacement !

Quand en 1952 Richard Walker a capturé sa fameuse carpe Clarissa, il utilisait un indicateur électronique sonore et lumineux. Cet indicateur était fabriqué à partir d’une lampe pour vélo à batterie à laquelle il avait ajouté un buzzer et dont il avait prolongé les contacts.

Il suffisait de pincer le fil entre les deux contacts pour couper le circuit. Quand un poisson tirait sur le fil celui-ci se libérait et la lampe s’allumait tandis que le buzzer se mettait à sonner. Cette conception avait un grand inconvénient. Une fois le fil libéré le buzzer continuait à sonner, même si le poisson avait rejeté l’appât… Ce système produisait aussi trop souvent de fausses touches lors des rafales de vent ou lorsqu’un poisson se cognait accidentellement dans le fil.

Le premier détecteur commercial

Walker a ensuite inventé un autre système plus performant. Sa création suivante intégrait une antenne décentrée sur une tête repose canne fixée sur le piquet devant. La canne était positionnée de façon à ce que l’antenne se situe entre l’anneau de départ et l’anneau suivant.

Il suffisait de faire passer le fil derrière l’antenne pour armer l’indicateur. Si un poisson tendait le fil, l’antenne se recentrait tout en établissant un contact d’un circuit électrique. Avec ce nouveau système une petite tirée (ou fausse touche) se traduisait par un bip sonore court alors qu’un vrai départ était détecté par un signal sonore permanent et donc comme une touche en continue.

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Le système Heron démonté. Simple et efficace !

Ce nouveau concept d’indicateur conçu par Walker a été adopté pour réaliser le tout premier indicateur de touche électronique commercial : le fameux Heron, fabriqué à partir de 1957 par la société Metal Pressing LTD appartenant à Jack Opie, un autre pêcheur de carpes à Redmire.

La production du Heron s’est poursuivie jusqu’à la fin des années 70 (!) et s’est arrêtée au moment où l’Optonic est arrivé sur le marché. Mais même après, certains grands pêcheurs de carpes (dont Rod Hutchinson et Kevin Maddocks !) ont préféré continuer à utiliser le Heron parce qu’il était moins sujet à donner de fausses touches à cause du vent ou du courant, grâce à une vis de serrage qui réglait la dureté du mouvement de l’antenne, et donc la sensibilité de l’indicateur.

Le Heron était fabriqué à partir de plastique, avec une vis en laiton à filetage universel pour s’adapter aux piquets. Le problème principal du système Heron était qu’il n’avait pas la place pour une batterie et un buzzer dans la tête principale de l’alarme, d’où la nécessité d’un centrale externe reliée avec un câble.

Entre l’introduction du Heron et l’invention de l’Optonic d’autres firmes ont fabriqué des indicateurs basés sur le même principe (antenne) que le Heron, notamment durant les années 70, mais grâce à des piles plus petites et une technologie plus récente il était désormais possible de tout caser dans la tête de l’indicateur sans être obligé d’utiliser une centrale.

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Le fameux Delkim Heron Conversion, un Heron modifié et amélioré par Del Romang pour les carpistes exigeants…
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Dans les années 70 d’autres détecteurs à antenne sont arrivés sur le marché, cette fois-ci avec un compartiment pour une pile et un haut-parleur intégré.
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Personnellement, avant l’arrivée des Optonic, je pêchais avec des Rolon.

Vers la fin des années 70 un certain Del Romang (qui avec Kim Donaldson est le co-fondateur de la société Delkim) a eu l’idée de modifier et d’améliorer le Heron en équipant la tête de l’indicateur de mini-composants électroniques et d’une LED.

Il modifiait également la forme de l’antenne pour faciliter la mise en place du fil et remplaçait le buzzer classique par un haut-parleur GPO bien plus puissant. Il peignait ses indicateurs en noir et appelait sa version le Delkim Heron Conversion, en proposant aux autres pêcheurs de modifier leur jeu d’indicateurs Heron de la même façon.

La révolution Optonic !

Vers la même époque Sundridge (Efgeeco) a sorti un détecteur révolutionnaire basé sur une toute nouvelle technologie : l’Optonic Sensor. Je me souviens encore le jour où je l’ai vu pour la première fois, c’était lors d’une présentation en avant-première sur un grand salon à Rotterdam (Visma), en 1979 je crois.

J’étais très impressionné par l’extrême sensibilité de l’appareil. Il permettait de détecter le mouvement du fil sans aucun contrepoids, donc sans aucune résistance. C’était magique ! Je savais ce jour-là que dès qu’ils allaient être mis en vente j’en achèterais !

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La révolution des années 80 !

L’Optonic était basé sur un système à roulette (mise en mouvement par le fil) avec des pales coupant un circuit à cellule photo-électrique. Il était possible de varier la sensibilité en équipant l’axe de la roulette soit de deux pales soit de quatre.

La grande majorité des indicateurs d’aujourd’hui fonctionnent en fait selon le même principe sauf que les pales ont été remplacées par des aimants et la cellule photo-électrique par un composant de détection électromagnétique, une technologie plus fiable et mieux adaptée aux circuits digitaux modernes. L’Optonic était d’abord proposé en version Hi et Lo (deux tonalités différentes), puis proposé avec une centrale équipée d’un haut-parleur GPO.

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L’un des Optonic les plus aboutis…

Mais l’Optonic n’était pas parfait et Delkim était sollicité par de nombreux pêcheurs pour améliorer le concept. Résultat : le fameux Delkim Conversion à détection de rotation magnétique, à très faible consommation d’énergie, avec réglage de volume et de tonalité et équipé d’un haut-parleur GPO intégré dans la tête !

De son côté Sundridge a amélioré son Optonic progressivement, d’abord avec le modèle Special Compact (haut-parleur puissant avec réglage de volume) puis avec le Super Compact (réglage de tonalité et mémorisation de la touche).

En 1986 une bataille juridique entre Sundridge et Delkim a mis fin à la production des Conversions par Delkim. Dommage car ces derniers étaient bien plus fiables que les originaux. Certains sont encore utilisés aujourd’hui, et fonctionnent sans problème après près de 40 ans de service !

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Probablement le système le plus fiable de tous les temps : le Delkim Conversion à détection de rotation magnétique.

Indispensable !

Depuis les Optonics des années 80 les indicateurs n’ont guère changé. Le principe est toujours le même : convertir le mouvement du fil en signaux sonores et lumineux. Bien sûr la technologie digitale a permis de fiabiliser le produit et de l’affiner avec des réglages de sensibilité et la détection de touches retour par des signaux distincts, et d’améliorer l’ergonomie du produit avec des centrales sans fil, mais le principe de base reste le même : lors d’une touche ça bip et ça flash !

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Moi avec mes Optonic dans les années 80…

En soi l’invention de l’indicateur de touches électronique a permis à notre pêche d’évoluer vers un niveau largement supérieur en nous permettant d’être en osmose avec la nature qui nous entoure, d’observer l’eau et l’activité des carpes et de nous concentrer sur des choses essentielles plutôt que d’être enfermé dans une bulle coupé de tout avec le regard fixé sur une seule ligne. Sans l’indicateur de touches les sessions marathon de plusieurs jours avec plusieurs cannes auraient été impossibles. Il s’agit d’un instrument devenu absolument indispensable pour la pêche de la carpe telle qu’elle est pratiquée par la très grande majorité de carpistes aujourd’hui.

Avant il fallait « ferrer » le poisson !

Les anciens indicateurs de touche à antenne étaient utilisés à une époque où les montages auto-ferrants n’existaient pas encore. La plupart du temps l’hameçon était complètement caché dans l’appât et lors d’un départ il fallait ferrer au bon moment pour piquer la carpe.

Pour bien faire fonctionner les indicateurs à antenne on avait besoin d’un petit contrepoids pendu dans le fil entre le moulinet et l’anneau de départ. Pour cela on utilisait la plupart du temps un bout de papier alu plié plusieurs fois sur lui-même puis roulé autour du fil en forme de petit cylindre.

Ce petit cylindre était ensuite posé par terre ou glissé sur une aiguille à tricoter piqué dans le sol sous le moulinet (pour le rendre insensible au vent). On pêchait quasi systématiquement avec le pick-up ouvert. Lors d’une touche le petit cylindre en papier alu montait vers la canne puis le fil se libérait tout seul de la bobine, tout en faisant sonner l’indicateur.

Après avoir fermé le pick-up et ferré la carpe il était facile de retirer le petit cylindre du fil pour qu’il ne gêne plus. Dans les années 70 sont apparus les premiers Monkey Climbers (écureuils), des indicateurs visuels glissant sur une tige, pouvant être équipés d’un Betalight (petit bâton lumineux) et dont sur certains modèles le poids était réglable en fonction des conditions de pêche.

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